GUSTAVE-LOUIS CHAUVEAUD
Le savant méconnu de Villejésus

 

Gloire de la botanique française, Gustave CHAUVEAUD est né à Aigre et son empreinte demeure à « La Commanderie » de Villejésus.


« Quand mon grand-père a acheté cette maison, il y avait déjà des arbres centenaires. Il en a planté d’autres. Il a déplacé les marronniers qui étaient déjà de beaux arbres. Il a aménagé un jardin rempli d’arbres fruitiers qui lui servaient pour ses recherches ».

Avec un pincement au cœur, Nadine STRATFORD regarde le parc de « La Commanderie » ravagé par la tempête. Cet outrage de la nature à la mémoire de son aïeul l’a décidée à raviver le souvenir de Gustave CHAUVEAUD : enfant d’Aigre, scientifique de son temps qui n’a laissé son nom à nulle venelle ni placette de sa terre charentaise.
« S’il m’importe de rappeler qui il était ce n’est pas par fierté familiale mais pour l’exemple de la réussite qu’il représente » explique sa petite fille.

Le mécanicien des plantes :
Gustave-Louis CHAUVEAUD est né à Aigre en décembre 1859. Dans les prés et sous-bois de son enfance a grandi son amour des choses de la nature. En auto-didacte, il observait plantes et insectes qu’il élevait pour étudier leur métamorphose. Issu d’un milieu modeste, il a suivi son apprentissage de mécanicien. Mais irrémédiablement attiré par la science, à 20 ans, il part pour Paris où il mène de front son métier et ses études. Licencié es-sciences naturelles à 26 ans, es-physique et agrégé de sciences naturelles à 29 ans, docteur es-sciences à 32 ans, docteur en médecine à 33 ans.


En 1890, il entre au laboratoire de l’école pratique des Hautes Etudes dont il deviendra par la suite directeur. Directeur du Muséum d’Histoire Naturelle, directeur pendant 30 ans des travaux pratiques de botanique à la faculté des sciences de Paris, maître de conférences à la Sorbonne, il a passé sa vie dans les laboratoires. Et en Charente ?

« Je suis trop jeune pour l’avoir connu, il est mort en 1933. Mais j’en ai beaucoup en-tendu parler par ma tante qui l’admirait. C’était un homme droit, de belle allure », note Nadine STRATFORD en regardant le buste de son grand-père qui trône dans le salon. Il représente un homme aux traits fins, au regard volontaire. Ses cheveux ondulent sur ses épaules. Sa moustache et sa barbiche fournies rappellent qu’il était contemporain de DAUDET et NAPOLEON III.

La stricte observation :
Nadine se souvient de ses frayeurs d’enfant quand elle montait au deuxième étage de « La Commanderie ». Là, dans ce qui avait été le bureau du docteur CHAUVEAUD, des papillons épinglés, des serpents dormant dans des bocaux de formol rappelaient qu’il n’y avait pas de vacances pour le chercheur.
Des photos (a venir) le montrent parcourant les chemins du côté « d’Aizet » à bicyclette : « Il se promenait beaucoup pour observer. Son sens de l’observation était tel qu’il voyait quand les enfants avaient pris une pomme sur un arbre du jardin », rapporte Mme STRATFORD.
« C’était un maître à l’exquise bienveillance et au tact raffiné », écrivait en 1933, André DAUPHINÉ qui fut un de ses élèves admiratif. « Son œuvre restera pour la botanique française un titre glorieux pour les travaux futurs une source féconde de recherches nouvelles ».
Il n’est pas facile de vulgariser ses travaux. « Il a donné des bases nouvelles à l’anatomie végétale par la découverte de l’évolution de l’appareil conducteur et des lois qui la régissent » explique André DAUPHINÉ.

« Il a émis une théorie établissant une unité fondamentale paraissant être commune à toutes les plantes vasculaires » note le Larousse.

Gustave CHAUVEAUD est l’image même du savant d’un autre siècle. Humblement, toute sa vie il a suivi patiemment le même fil conducteur qu’il a déroulé pour que ses élèves à leur tour puissent démêler davantage l’écheveau de la connaissance. Pour suivre ce chemin, basé sur la stricte observation des faits, il a dû affronter l’opposition de ses maîtres dont il bousculait les théories. Jusqu’à ce que la reconnaissance de ces mêmes maîtres lui offre le seul honneur qu’il ait recherché.

Un tel personnage mérite bien un bouquet de pensées.


Cet article a été publié le 16 mars 2000 dans « La Charente Libre » sous la plume de Michel REBIERE. Nous le reproduisons avec son aimable autorisation.

 

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