Chanvre et lin
Atelier de chanvre  -  Musée du patrimoine de Tusson
Atelier de chanvre - Musée du patrimoine de Tusson

L’histoire du chanvre remonte à près de 10 000 ans. Les Chinois cultivaient cette plante abondante afin de produire du papier. Au temps des premiers colons américains, le chanvre servait à produire de l’huile, de la farine et des tissus. Sa culture était fortement encouragée par les présidents Georges Washington et Thomas Jefferson. Malheureusement, cette plante aux multiples qualités a connu une crise au cours du siècle dernier. En effet, le chanvre, aussi appelé "Cannabis Sativa", provient de la même plante que la marihuana. De ce fait sa production est interdite dans de nombreux pays.

Le chanvre tient, à côté du lin, une place de premier ordre parmi les plantes textiles ; il est la base des toiles et des cordages les plus solides. Depuis quelques années, on est entrain de redécouvrir les qualités du chanvre. C’est une plante très résistance et qui connaît très peu de parasites.

Dans notre Pays d’Aigre, jusqu'à la fin du XIXème siècle, et grâce à la qualité des eaux de nos rivières, la culture du chanvre et du lin occupa une place importante dans l’économie de notre petite région. C’est une surface de plus de mille hectares, qui était cultivée. On trouve des traces de cette culture sur les anciens plans du canton. Le chanvre sert de matière première pour la confection de fils et de cordages. Celui obtenu dans notre Pays d’Aigre était en majeur partie absorbé par la Corderie Royale de Rochefort-sur-Mer.

Le chanvre est semé en mai et récolté à la mi-septembre. Il est arraché et proprement étendu à terre. Le jour même, ou le lendemain, on le lie en petites bottes de 25 à 30 centimètres de circonférence, qu'on dresse les unes contre les autres en faisceaux.

Au bout de 4 ou 5 jours, lorsque la dessiccation est complète, on l’égraine pour en extraire la semence. On le frappe à coups de maillet, ou en le prenant par poignées, et en le battant sur une claie. Une autre méthode consistait à faire passer successivement les poignées à travers les dents d'un peigne fixé verticalement à une table.

L'opération appelée "rouissage" sert à faire dissoudre la gomme qui colle les fibres de l'écorce aux parties intérieures des tiges. Pour cela, on immerge le chanvre pendant quelque temps dans une eau claire et douce avec des pierres comme leste. Quand le chanvre coulait, il était bon à travailler. Les eaux stagnantes ou sales étaient déconseillaient, car elle brunissaient ou le salissaient. A ce propos, les eaux de la région d’Aigre étaient d’une excellente qualité. Dans les temps froids, le rouissage peut durer une douzaine de jours. Le rouissage donnait lieu à de nombreux procès, car il empoisonnait l’eau des rivières et faisait mourir le poisson.

Le lin
Le lin
Faisceaux de chanvre
Faisceaux de chanvre

Le chanvre, sorti de l'eau, est mis en faisceaux pour qu'il se ressuie, puis il est "curé", c'est-à-dire délié et étendu sur un pré afin que la rosée fasse blanchir les fibres. Dans la crainte d'altération, on le retourne tous les trois, quatre, cinq, six, sept ou huit jours. Le curage dure ordinairement de 15 à 20 jours.

Le curage, rend la fibre plus fine, mais aussi il diminue d'environ un quart le volume et le poids de la filasse. L'extraction et la préparation de la filasse comprennent trois manipulations: "broyage", "écangage" ou "teillage" et "affinage".

On peut broyer le chanvre par terre, en le frappant avec une lame cannelée et fixée à un long manche recourbée; sur un billot, à coups de maillet; en les faisant passer entre deux ou plusieurs cylindres de bois cannelé qui s'égrènent ensemble et qu'on fait tourner dans le sens horizontal; par l'instrument appelé "macque" ou "broie", véritable mâchoire de bois qui se trouve fixée à un chevalet et qu'on fait mouvoir d'une main, tandis que de l'autre on lui présente les poignées.

Afin que tout ce qui n'est pas fibre soit réduit en petits morceaux; par la seconde, on secoue vivement la matière broyée pour faire tomber les parcelles inutiles; par la troisième, on peigne les fibres afin de les démêler et de leur donner de la finesse.

Afin de rendre le chanvre plus facile à broyer, on le met souvent au four ou sur une claie sous laquelle se trouve du feu. Dans ce cas, il faut beaucoup de précautions pour éviter tout accident.

Pour "écanguer" le chanvre broyé, d'une main on fait pendre les poignées d'une planche verticale, de l'autre on les frappe avec un large couteau de bois, ou bien on fait tourner rapidement une roue à laquelle sont fixés plusieurs couteaux, ce qui accélère singulièrement l'opération.

"L'affinage" ou "peignage" se fait au moyen de peignes de divers calibres. On commence l'opération avec celui dont les dents sont les plus écartées, et successivement on emploie les autres jusqu'au plus fin. On démêle ainsi diverses qualités et longueurs de fibres. Les peignes se trouvent ordinairement fixés à un seul et même appareil.

Ensuite les fibres sont filées au rouet puis mis en pelotes. Ensuite ces pelotes sont prêtes à être utilisées par les tisserands. La majeur partie de la production était acheminée vers la Corderie Royale de Rochefort-sur-Mer.

 

Le rouet.....

Une fois le chanvre ou le lin mis en fillasse, il fallait, à l'aide d'un rouet, le transformer en fils utilisables par le tisserand ou le cordier. Depuis les temps les plus anciens, cette opération se réalisait à l'aide d'un fuseau et d'une quenouille. La quenouille était constituée d'un simple bâton que l'on tenait verticalement et qui supportait les fibres (animales : laine, soie, crin etc… ou végétales : chanvre, lin, coton etc…).

La fileuse, tirant avec la main une petite quantité de fibre, et après une torsion d'environ 80 cm, l'enroulait sur le fuseau, qu'elle faisait tourner.

Cette méthode, très lente, ne permettait pas de produire beaucoup de fil. Vers 1530, l'invention du rouet constitua sans conteste, un progrès remarquable. Il permettait de filer en continu de grandes longueurs de fils. Nous passions du manuel au semi-industriel. Dans chaque famille à la campagne, le rouet occupait une place prépondérante.

Selon les régions de France, la forme et le modèle variaient. Cet instrument fut utilisé, il n'y a pas encore si longtemps, en Pays d'Aigre (et surtout au XIXème siècle car le lin et le chanvre y étaient cultivés en quantité importante). Jusque dans la première moitié du XXème siècle, cet instrument a rendu de nombreux services.

Il fut de nouveau utilisé pendant l'Occupation, car le manque de textile et le marché noir rendait l'approvisionnement difficile.

Aujourd'hui, cet instrument restauré sert à la décoration mais pour les personnes qui l'on utilisé autrefois, il reste chargé de souvenirs.

 

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