Les cloches des églises du Pays d'Aigre

Un peu d'histoire.....

La cloche est l'un des plus vieux instruments sonores que nous connaissions. Accrochée au sommet du clocher de l'église, elle permettait de rythmer la vie et le travail à une époque où les horloges n'existaient pas. Elle avertissaient les habitants de l'approche de brigands. Le tocsin prévenait de l'imminence d'un danger, ou appelait les habitants en cas d'incendie.

A l'âge du bronze, on retrouve déjà les premières cloches métalliques. Des traces d'utilisation de cloches ont également été situées en Asie, il y a 4000 ans environ.

Plusieurs clochettes de l'époque Shang (XVIIIème - XIème siècle avant notre ère) sont exposées au Musée de l'histoire chinoise à Pékin. D'après la Bible, le grand prêtre Aaron portait une tunique au bas de laquelle se balançaient des clochettes d'or.

Plusieurs manuscrits existent représentant le roi David jouant du carillon en frappant quatre clochettes en signe d'allégresse.

Des petites cloches de bronze datant de 1000 av. J.-C. environ sont exposées au British Museum. Elle ont été découvertes dans le palais babylonien de Nemrod. Les antiques monuments de Phénicie et de l'Egypte ont fourni de nombreuses clochettes. Les Grecs et les Romains les employaient pour plusieurs usages.

En Gaule, la cloche paraît avoir succédé au simandre - instrument fait d'une planche de bois percutée - qui servait aux appels.

En France, les fouilles archéologiques ont exhumé un grand nombre de cloches d'époque gallo-romaine. Elles étaient fondues en bronze ou bien battues en fer. Selon les historiens, les cloches en bronze d'une certaine importance ont fait leur première apparition en Occident dans les monastères.

Divers documents du Vème siècle attestent l'activité de moines fondeurs de cloches. Mais c'est entre le VIIIème et le XIIème siècle que la forme et les procédés de fonte furent améliorés et qu'apparurent les premières grosses cloches (quelques centaines de kg).

Bien que la fonte des cloches fût réservée exclusivement aux monastères pendant cette époque, nous trouvons dès le VIIIème siècle, de fondeurs itinérants.

Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver les emplacements des premières coulées, au pied même des édifices auxquels étaient destinées les cloches : cathédrales, monastères, églises. Ces fondeurs de l'époque appelés également "saintiers" venaient effectuer le travail sur place, pour éviter l'acheminement des cloches. La construction du four à fusion et le moulage des profils pouvaient durer plusieurs mois, selon l'importance de la cloche.

Au fur et à mesure que les techniques de fonte se perfectionnaient, les fondeurs ou saintiers équipèrent en cloches les plus grands édifices civils ou religieux. Le nombre et le poids des cloches fondues étant en proportion avec la taille ou l'importance de l'édifice auxquelles elles étaient destinées, ce sont les basiliques et les cathédrales qui furent équipées des plus grosses cloches, appelées aussi bourdons. Ce n'est que vers la fin du XVIIIème siècle que les saintiers cesseront progressivement d'aller sur place installer leurs ateliers et qu'ils se sédenteriseront et créerons de véritables fonderies.

Dès le XVIème siècle, des cloches dont le poids avoisinait les 15 tonnes existaient en France .

L'activité de fondeur reste artisanale, même si elle s'apparente plus au métier d'artiste. Les techniques de fabrication utilisées actuellement par les fondeurs de cloches n'ont guère évoluées depuis le Moyen Age. Cependant, certains d'entre eux ont introduit récemment l'ordinateur pour effectuer certains calculs, mais c'est tout.

La fonte d'une cloche comprend trois opérations principales :

Il faut d'abord établir un tracé ou plan pour déterminer la forme et les proportions de la cloche.

Le moulage qui lui donnera la forme d'après le moule se compose ainsi : le "noyau" ou espace du creux intérieur, la "fausse cloche", occupant la place du métal jusqu'au moment de la coulée, la "chape"recouvrant la fausse cloche et formant avec le noyau les deux murailles de terre cuite entre lesquelles le métal en fusion prendra place ; la "tête", qui recevra les anses nécessaires à la suspension et contiendra l'emplacement de l'anneau du battant.

Ensuite, il faut couler le métal en fusion, cela s'appelle "la coulée".

La composition d'une cloche
La composition d'une cloche

Après cela, il faut laisser refroidir le métal. Le temps nécessaire à cette phase dépend de la quantité de métal, mais cela peut demander plusieurs semaines.

Du fait que le moule est brisé après la fonte pour dégager la cloche, mais aussi parce que les inscriptions et les décors figurant sur chaque cloche lui sont spécifiques, les cloches sont des œuvres d'art uniques.

Les cloches des églises du Pays d'Aigre...

Aigre :

Dans un rapport de Charles-Etienne GRANDVOINET, architecte expert de la Généralité de la Rochelle, en date du 22 septembre 1782, il est dit : "la petite cloche cassée qui pèse environ 300 livres sera refondue et son poids augmenté d'une centaine de livres". La révolution ne permettra pas cette réalisation. Ce n'est qu'au début du Premier Empire que l'actuelle cloche sera fondue, le 20 octobre 1807. On se servit du métal de la petite cloche et on augmenta son poids à 700 livres. Elle fut baptisée "Louise-Marie". Le parrain fut le maire : Louis César BOISNIER, et la marraine Marie-Thérèse BRIAND epouse CHARDON. Le curé était à l'époque Antoine Joseph MARCOURT.

C'est une ancienne famille de fondeurs, les CORNEVIN, qui réalisèrent la cloche. Ils apposèrent leur marque : un angelot aux ailes déployées surmonté d'une cloche.

Depuis la fin de l'année 2000, la cloche sonne de nouveaux, mais electrifiée. En effet, depuis de nombreuses années, le beffroi de l'église ne pouvait plus supporter les balancements de la cloche.

Détail cloche église d'Aigre photographiée en 2003

Ambérac:

La cloche, fondue en 1635, fut refondue le 6 février 1760 et portée de 130 à 354 livres. Cassée pendant les processions des Rogations de 1773, elle fut refaite le 13 septembre de la même année et portée à 480 livres. Elle porte l'inscription suivante : "Sit nomen Domini Jésu bénédictum. sum ad usum ecclesiae Ste Stéphanie de Amberac fuderunt me, Anno domini 1773 Archi presbiteratus jacobus sauvage - Métr, Paul GANSBERT, père et fils, fondeurs". Les ornements : d'un côté de la cloche est le Christ, Sainte Marie-Madelaine à ses pieds ; de l'autre est la Sainte-Vierge, tenant l'enfant Jésus sur le bras gauche et dans sa main droite, un sceptre. Ensuite, un évêque avec la mître et la crosse ainsi qu'un écusson représentant une petite cloche entourée de guirlandes de fleurs.

Après 227 ans de services, elle était très fatiguée (bords de frappes usés, une anse manquante, deux anses usées, anneau de bélière à remplacer) ainsi que son mécanisme. Son utilisation étant devenue extrêmement dangereuse, le conseil municipal a décidé de tout faire remettre en état par une entreprise spécialisée. Depuis octobre 2000, elle sonne à nouveau !…

La cloche d'Ambérac lors de sa dépose pour restauration

Barbezières :

Les cloches de l'église deBarbezières, ancienne chapelle des Templiers photographiée en 2003

Bessé :

 

Charmé :

C'est au cours de la destruction de l'église pendant les guerres de Religions sur l'ordre de Charlotte, épouse de François II de La Rochefoucauld, que la cloche fut détruite. Vers 1578 fut fondue une nouvelle cloche en bronze. On pouvait lire l'inscription suivante : "St Pierre de Chermé MCCCCC soixante 18" à la place de chaque point figurait une fleur de lys. Les lettres étaient en gothique carré. Fêlée, cette cloche de 1578 est encore derrière le campanile sous un auvent. C'est la cloche fêlée du campanile qui a été fondue et remplacée en 1952 par deux cloches plus petites telles que l'on peut les voir aujourd'hui. (Sources : A. TESSERON, curé de Fouqueure).

 

Ebréon :

Le baptême des cloches eu lieu le 21 juillet 1685.

La première, appelée François, est une cloche de 296 livres. Elle porte le nom de celui qui en a fait don, François ITHIER, seigneur de la POTONIERE au XVIIème siècle. Cette cloche est toujours dans le clocher et sonne les heures.

La seconde pèse 168 livres et porte le nom de Charlotte de MARTEN. Elle a été donnée par Charles CORGNOL (constructeur de l'église). Elle a été augmentée de 68 livres par le curé. Fondue en 1875, elle a été remplacée par une nouvelle cloche.

Ce sont Appolonia et Marie-Bernard que l'on a retrouvé en 1907 en excellent état cachées à un mètre de profondeur dans un champ appartenant à la famille VERRON.. Elles sont actuellement suspendues au campanile de l'église de Fouqueure.

 

Fouqueure :

La cloche date de 1718 et a été refondue en 1945. Son inscription a été maintenue.

Dans le campanile, se trouve deux cloches de la fin du XII° siècle, achetées à l'abbé CLAIRFEUILLE, curé d'Ebréon en novembre 1957, puis installées à Fouqueure le 29 mars 1958. Elles se nomment Appolonia (41 kg) et Marie-Bernard (56 kg), baptisées par Mgr MEGNIN. Elles avaient été découvertes dans un champ d'Ebréon appartenant à la famille VERRON. Achetées par l'abbé TESSERON elles sont depuis 1957 propriété de la commune de Fouqueure.

Une de ses cloches est classée Monument historique. Elle est en bronze avec inscription "Vox Domini Super Nos", elle serait de la fin du XIIIème, début du XIVème siècle. L'autre, porte gravée dans le bronze le nom "'Appolonia, virgo et martyr". Elles sont maintenant dans le campanile de la façade.

En 1987, la cloche refondue en 1718 a été électrifiées.

 

Détail des cloches de l'église de Fouqueure

Les Gours :

 
Cloche de l'église des Gours photographiée en mars 2003

Ligné :

La cloche a été refondue en 1877 et bénite le 4 mars 1878 par le curé d'Aigre.

Son parrain.M.J. GLORIEUX et sa marraine Mme RAMBAUD née CHERGE de Villognon.

 

 

Cloche de l'église de Lupsault photographiée en 2004

Lupsault :

La cloche de l'église Saint-Cybard de Lupsault est la plus ancienne cloche du canton d'Aigre. Elle date de l'an 1635. Elle se nomme ISMAËL, a été bénite par le curé Pierre DUBOYS. Parrain : I.Isaac LHÉRIDEAU . Marraine : Dame ANDRÉ.

Marcillac-Lanville :

Cloche en airain de l’église prieurale Notre-Dame de Lanville - Décors et inscriptions

A la base du cerveau :
- décor de feuilles d’acanthe
- Marraine Mlle Anne-Elise JOLLY + Anna. Parrain Mr Pierre PLANTEVIGNE médecin.
Sur la faussure :
- d’un côté motif de la Vierge à l’Enfant surmonté de l’inscription Curé Mr Joseph RIVET.
- de l’autre motif du Christ en Croix et de Marie-Madeleine implorante surmonté de l’inscription Maire Mr Louis PLANTEVIGNE fils.
Sur le bord :
Fondue en 1616 refondue à Marcillac-Lanville en décembre 1869 PAINTANDRE fondeur à Turenne Corrèze.

Cette cloche est l’une des plus remarquables du Pays d’Aigre par sa forme, ses décors et la plus importante par son poids (environ 950 kg pour un diamètre de 1,16m).

ANNA et ses deux voisines en acier (fondues par Jacob HOLTZER) sont électrifiées depuis le 12 février 1999.


La photographie ci-contre prise en 1986 montre la plus importante des trois cloches munie de son ancien système de sonnerie.

Cloches de l'église prieurale de Lanville

Mons :


Cloche pesant environ 700 livres et datant de l’an 1775.


Voici son inscription, un peu altéré par la patine :

« Sta maria, ora pro nobis. Mre COULAUD, curé. Messire Pierre BABINET, écuyer, sei-gneur de Rancogne et de Villeneuve en partie, parrain, et demoiselle Marie Anne de MASSOUGNEs des Fontaines, s.g.re de Villeneuve en partie, marraine. Pierre DROUYNAUD et Jacques LÉOUTRE a. n. t. n. r. M. GANSBERG fondeur. 1775 »

Chaque membre de l’inscription est séparé du suivant par une main indicatrice.

Ornements, faisant le tour de la cloche : deux médaillons, représentant l’un le Christ en Croix, l’autre la Vierge tenant de la main droite un sceptre et de la gauche l’Enfant Jésus ; et deux écussons indéchiffrables.

Cette église perdit une clochette en février 1795.

Cloches de l'église Notre-Dame de Mons

Oradour :

La Chapelle du Sacré-Coeur de Germeville - La cloche de 49 kg fut bénite peu après l'inauguration de l'édifice en août 1874, par le curé d'Oradour, Marcel DURAND. Le parrain est Lucien GAUTIER et la marraine Mlle Marie BOREAU-LAJOUADIE. Le fondeur est J. B. Amédée BOLLÉE, d'Orléans.

La tempête du 27 décembre 1999 a détruit le clocher de cette chapelle et le campanille félé.

Le clocher, sculpté à l'identique par l'atelier Marc DELIGNY, a été reconstruitt pendant le mois de juin 2004 et le campanille, cassé lors de la tempête de 1999, refondu par l'arrière petit-fils de celui qui avait réalisé l'original, a de nouveau retrouvé sa place dans le clocher.

Cloche de la chapelle du Sacré-coeur de Germeville

Ranville-Breuillaud :

La cloche provient de la refonte de l'ancienne. Elle a été bénite en 1837 par le curé de Ranville Louis PARIS. Elle porte comme inscription :

"l'an 1837, sous l'administration de MM. AUBIN, maire de Ranville et GUIGNARD, maire de Breuillaud. Charles-Etienne DE LESTANG, parrain ; Marie-Thérèse DE LESTANG, marraine".

Le nom du fondeur n'y figure pas. L'abbé Jean NANGLARD dans "Les cloches des églises du diocèse d'Angoulême" en 1922, émet l'hypothèse qu'elle a été fondue à Sigogne avec celle de cette paroisse.

Cloches de l'église Notre-Dame de Ranville-Breuillaud

Saint-Fraigne :

 

 

Tusson :

Les 7 cloches du couvent ont été spoliées fin avril 1792.

L'église paroissiale Saint-Jacques avait 2 cloches. Le 27 juin 1792, on pensa remplacer la plus petite, de 304 livres, par celle du couvent pesant 449 livres; mais elles furent confisquées l'une et l'autre. La restante fut remplacée par la suivante.

Une nouvelle cloche fit son apparition en 1829 mais elle se fêla. On décida de la remplacer par un cloche de 514 kg, provenant des ateliers de Guillaume d'Angers. Elle fut bénite le 22 décembre 1873 par M.L. GUILBAULT, curé d'Aigre. Le parrain fut Jean-Antoine RANSON et la marraine, dame Marie-Rose BILLOCHON. Elle reçut le nom de "Marie-Jeanne". Elle est en bronze et fonte

 

Verdille :

La cloche de l'église Saint-Cybard de Verdille ets en bronze avec décor en relief. Elle est suspendue par 6 anses encastrées sous le mouton. Son poids est de 600 kilos environ et a été fondue par Guillaume et fils, fondeur à Angers - 49 en 1867.

Elle répond au nom de Louise Julie.et porte en inscription le lieu d'exécution et elle est ornée d'une croix latine.

En voici l'inscription : "Je me nomme Marie-Louise-Julie. Parrain : P.M.E, marraine : GAUTIER MLJ Chaniaud. J'ai été bénite par Monseigneur C.A. Cousseau, évêque d'Angoulême. C.J. Ferrand curé. P. Martin maire. p. Chailler trésorier de la Fabe (fabrique). S.S. Pie IX régnant . 1867. Guillaume fils fondeur Angers"

   

Villejésus :

Les deux cloches de Villejésus photographiée en 2004

 

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