Loup y es-tu ?
Article de Jean SAUVE sur le loup en Pays d'Aigre

 

La peur du loup à travers les âges

et les moyens de le repousser.

Loup t es-tu ? En France, quelques loups pourraient répondre « oui » mais il est loin le temps où il rôdait, affamé, à la lisière du bois et pourtant nous sommes encore habités par la peur du loup. Saurons-nous, un jour, faire la part du réel et de l’imaginaire ?

GRAND-PERE, RACONTE-MOI…
- Ecoute bien Jean-Loup, ces histoires du temps passé, du temps présent et à venir… où le loup est encore le maître de la peur des hommes.
« Un jeune paysan gardait ses six brebis ; lorsque cette surveillance lui était confiée, il emportait son fricot dans un bidon d’aluminium, le reste, pain et chopine, étant couché dans une musette.
Ce jour-là, sur le coup de midi, il découvrit un restant de pois cassés et une saucisse que sa mère lui avait préparés.
Comme le berger, las d’avoir sifflé toute la matinée en cherchant les grillons, allait porter le premier morceau à sa bouche, il vit un loup sortir du buisson, semblable à un pan d’ombre qui subitement bouge et prend forme ; c’était un fauve au nez pointu et hardi, aux oreilles triangulaires dressées, à l’encolure puissante, aux pattes agiles.
Le jeune homme, bouche bée de terreur, regarda le loup ; et le loup, figé sur son arrière-train, regarda le jeune homme. Les six brebis repues et lasses, s’étaient groupées pour faire la sieste à l’ombre d’un chêne ; le vieux chien dormait en geignant de tous ses rhumatismes.
Le garçon se crut perdu et il fut à peine rassuré quand il vit le loup se mettre à tirer une langue de trois décimètres en haletant comme fourbu.
Alors notre homme souffla dans sa cornemuse pour l’éloigner mais le loup s’approcha avec des frétillement de queue, bien aise de faire sa connaissance ; mais se souvenant des ruses déployées jadis pour séduire le petit chaperon rouge, le berger ne se tint pas encore pour sauvé.
Le chien s’éveillant, se jeta sur le loup ; les deux bêtes tournoyèrent un instant pour se retrouver museau à museau.
Le vieux chien reconnaissant sa faiblesse, repassa derrière son maître avec des grognements menaçants qui sauvaient son honneur.
Le loup s’approcha plus près, l’air curieux de savoir ce que contenait la gamelle. Pour sauver sa vie, le berger lui offrit son déjeuner ; le loup avala la saucisse, pois cassés et pain rassis sans façon et récura la boîte d’une langue charmée. Le chien gronda de nouveau ; le maître lui décocha un tel coup de trique, que le loup eut peur et s’enfuit, la queue basse, vers les fourrés »
. D’après « Quatre du cours moyen » - L. Bourliaguet


AU LOUP !AU LOUP !

Jadis, aux champs, le moindre frémissement dans les buissons, faisait crier « Au loup ! Au loup ! »
Dans le passé, l’opinion commune encouragée par les autorités et les médias de l’époque, veut que le loup soit d’abord un monstre brutal, sanguinaire, un fauve hideux, terrible, d’une taille démesurée, d’une force extraordinaire.
Dans l’« Histoire Naturelle », Buffon le décrit comme « désagréable en tout, la mine basse, la voix effrayante, l’odeur insupportable, le naturel pervers, les mœurs féroces ; le loup est odieux, nuisible de son vivant, inutile après sa mort…il avale indistinctement tout ce qu’il trouve : des chairs corrompues, des os, du poil, des peaux…il vomit fré-quemment et se vide encore plus qu’il ne se remplit ».
Dans un traité de chasse, deux chasseurs René et Loisiel écrivent dans « La Chasse Illustrée » : « qu’il est laid, méchant, sa fourrure est très médiocre et sa chair bonne seulement à engraisser la terre…s’il était aussi courageux qu’il est fort, il serait terrible, mais comme tous les naturels méchants, il est poltron ».
Vers 1880, de tels propos diffusés par les gazettes attisent la phobie du loup. De nos jours, certains animaux semblent toujours chargés de tous les maux. On a bien sûr un peu peur des serpents, des hiboux et des chouettes, des chauves-souris ou des crapauds, des araignées, voire des vers de terre, mais la peur est sans conteste le loup.
Ce grand frisson est accentué par la mauvaise habitude qu’a le loup de suivre à dis-tance, de manière inquiétante, les voyageurs isolés. Ce trait de comportement a été observé dans tous les pays et relaté par de nombreux auteurs.
Au Moyen-Âge, le loup cristallise sur lui, toutes les représentations inconscientes des peurs de l’Homme : c’est la créature du Diable, la bête du monde de la nuit complice de tous les maléfices.
Dans l’imaginaire populaire sa représentation a un aspect terrifiant : bête énorme, de couleur noire, la gueule béante et ensanglantée, la langue rouge vif.
Dans le comté du Gévaudan une bête rôde. Elle tranche les têtes, dévore les corps, lape le sang. De 1764 à 1767, à la famine s’ajoute l’angoisse de la mort ; la campagne du pays des Gavauds n’est plus sûre.
L’énigme de la « Bête du Gévaudan », la malbête, a un écho retentissant dans toute la France et les pays voisins grâce au développement de l’image : des placards repré-sentant la bête immonde, sont affichés dans tous les villages et frappent les esprits des paysans illettrés ; des témoins eux-mêmes, n’indiquent-ils pas que cette « bête la tête large, très grosse, allongée comme celle d’un veau et terminée en museau de lévrier » et « le poil rougeâtre, une rayure noire sur le dos » ?
Récits et gravures tout aussi étranges que la bête elle-même, où tout est mis en œu-vre pour exprimer la peur qu’elle inspire, sont diffusés dans « Le Mercure de France », « La Gazette de France », « Le Courrier d’Avignon » et sont vendus en grand nombre par les colporteurs.
En septembre 1765, la « Bête du Gévaudan » est tuée et exposée aux Jardins du Roi à Versailles ; elle est officiellement présentée dans tout le royaume et au-delà comme étant un loup monstrueux.
Au regard de récentes affaires criminelles, on ne peut s’empêcher de penser à l’œuvre d’un dangereux déséquilibré.
Selon certains historiens, un noble de la région surnommé « Messire » aurait terrorisé femmes et enfants.
Les dernières recherches semblent plutôt s’orienter vers l’hypothèse de complices protégés en haut-lieu, dressant à l’attaque un hybride, produit du croisement d’une chienne et d’un loup, et guidé probablement par un fou sadique, les soupçons se por-tant sur un garde-chasse et ses fils.

Les croyances et la rumeur ont transformé un tragique fait divers en une histoire diabo-lique qui a fortifié la haine de l’Homme à l’égard du loup.
Le Gévaudan n’eut pas l’exclusivité de ces « bestes cruelles » qui vont faire des ému-les un peu partout en France : « Bête des Cévennes », « Bête d’Auxerre », Bête d’Orléans », « Bête du Limousin » et plus récemment, « Bête des Vosges »…
Déjà au XVI° siècle, une affaire similaire avait défrayé la chronique dans le Jura, un animal énorme terrorisait la contrée ; un édit fut publié par le Parlement de Franche-Comté : « Sur l’avertissement fait à la Cour souveraine du Parlement de Dôle, que ès territoire d’Amange, Vriange, Châtenois, Romange et villaiges circonvoisins se ren-controit souvent depuis quelque temps, un loup-garou comme on dit, lequel, avait déjà pris et ravi plusieurs petits enfants sans que depuis ils aient été revus vivants : ladite Cour, désirant obvier à de plus grands inconvénients, a permis aux manants et habi-tants des lieux, nonobstant les Edits concernant la chasse, de pouvoir s’assembler avec épieux, hallebardes, piques, harqebuses et austres bastons pour chasser et poursuivre ledit loup-garou où ils pourront trouver, et le prendre et occire sans encourir aucune peine et amende.
Fait au Conseil de ladite Cour, ce premier jour du mois de décembre, mil cinq cent soixante treize ». Archives BN
Un coupable finit par être identifié ; la Cour souveraine de Dole rendit son verdict en ces termes :
« L’an mil cinq cent soixante quatorze. En cause de Messire Héry Camus, docteur en droit, conseiller du Roi, notre Sire, en sa Cour souveraine du Parlement de Dôle et son Procureur Général demandeur en matière d’homicide…Gilles GARNIER, défendeur, étant ermite près d’Amange et n’ayant pas de quoi sustenter sa famille, tomba en sor-cellerie. Errant dans les bois en cet état, il rencontra un fantôme en figure d’homme qui lui promit monts et merveilles et entre autres choses de lui enseigner la façon de de-venir quand il voudrait, lion, loup ou léopard à son choix.
Parce que le loup est une bête plus mondanisée que les autres, il aima mieux être déguisé en icelle, moyennant un onguent dont il se frottait à cette fin.
Ainsi, étant en forme de loup-garou, ledit défendeur Gilles GARNIER prit de nombreux enfants d’environ six à douze ans et les tua et occis tant avec ses mains semblant pattes qu’avec ses dents…
La Cour condamne Gilles GARNIER, par arrêt, à être aujourd’hui conduit et traîné à l’envers sur une claie par le Maître exécuteur de la Haute Justice depuis la concierge-rie jusqu’au tertre de ce lieu et y être brûlé vif ; et son corps réduit en cendres, le condamnant en outre au dépens et frais de justice…
Donné et prononcé judiciairement à Dole en ladite Cour le dix huitième jour du mois de janvier, l’an mil cinq cent septante quatre… » Archives BN
Des historiens pensent que bien des meurtres du type « Jack l’éventreur », présentent des similitudes avec ceux du Gévaudan et du Jura.
Criminels, démons, loups-garous, chiens enragés, monstres divers entrèrent pêle-mêle dans l’histoire du loup accusé de crimes commis par des êtres humains. Il n’avait pas besoin de tels renforts pour entacher sa réputation déjà fort compromise !
Récits, anecdotes, légendes recueillis auprès des vieux dans les veillés du village, ravivaient la peur du loup ; il hantait les songes et frappait les imaginations.
Les enfants assimilant très vite l’héritage culturel, avaient une peur considérable ; de plus les mères menaçaient : « si tu n’es pas sage, le loup viendra, t’emportera et de mangera… »
Aujourd’hui encore cette crainte persiste chez les jeunes enfants ; la plupart d’entre eux possèdent en livre de contes, en album, en CD ; « le petit chaperon rouge », « le loup et les trois petits cochons », « le loup et les sept petits chevreaux », « Pierre et le loup »…
Il y a une réelle appréhension quand ils affirment : « la nuit il y a des loups… » ou « il ne faut pas sortir la nuit, le loup nous mangerait ».
Qui de nous, enfant, n’a pas eu peur du loup de façon plus ou moins consciente, pour traverser une cour dans le noir ou descendre à la cave ?

LE LOUP MANGEUR D’HOMMES ET DE BESTIAUX
Au XIX° siècle, l’arrondissement de Ruffec fut le théâtre d’un drame sanglant commen-té dans le journal local, « l’Observateur de Ruffec » du 22 mai 1852 :
« Un événement affreux qui aurait pu avoir les conséquences les plus désastreuses, vient de jeter l’épouvante dans la ville de Ruffec et les campagnes avoisinantes. Un loup sorti inopinément d’une forêt voisine a attaqué et horriblement mutilé deux fem-mes qui se retiraient du marché de cette ville pour se rendre dans la commune : Les Adjots.
Cette scène a eu lieu sur la grand’route à une heure de l’après-midi… les deux femmes se firent transporter, aussitôt après l’événement dans la ville de Confolens pour se faire traiter et elles viennent de rentrer chez elles, après avoir subi un traitement dont on attend les effets… »

Puisés dans les registres paroissiaux et autres documents, les chroniqueurs relatent de tels méfaits au XVIII° siècle en Charente :
« Le 15 septembre 1729, Marguerite BISSERIER, quinze ans, trouvée à moitié dévo-rée par un loup affamé dans le Pré Penot près du Mas de Bost » dans la région de Chabanais.
En 1752, un autre drame se déroule à Sainte-Sévère où un enfant de huit ans est dé-voré : « le nommé Jean BARANGE âgé de huit à neuf ans, fils d’autre Jean BARANGE, journalier du village des Petites-Buges, a été pris dans les « hairaux » dudit village, emporté et dévoré par un loup et qu’aux cris qu’il fit, plusieurs personnes y accoururent sans pouvoir rencontrer ni l’enfant, ni le loup, mais seulement quelques vestiges et lambeaux des habits et du corps dudit enfant ».
Un procès-verbal des restes de la petite victime est dressé et constaté par des magis-trats et un chirurgien qui rapporte : « que c’était l’estomac et les entrailles d’un jeune enfant, ayant jugé que ce ne pouvait être autre chose, par la remarque de la matière fécale qui était dans ledit estomac, composée de pain, légumes et herbages dont les chrétiens se nourrissent ordinairement… »
Le « Journal d’un Bourgeois de Paris » en 1439, relate qu’ « en celui temps… furent des loups si esragez de menger cher de hommes, de femmes ou d’enfens, que en la darraine (dernière) sepmaine de septembre estranglerent et mangerent XIIII person-nes que grans que petiz entre Montmarte et la porte Sainct-Antoine, que dedens les vignes que dedens les marés ».
Cette rumeur ancestrale et persistante des loups mangeurs d’hommes était entretenue de tout temps par les conteurs, les fabulistes et les écrivains.
Autrefois, le loup était-il aussi dangereux pour l’Homme ?
Naguère, les loups évoluaient en grand nombre donc leur rencontre était plus fré-quente. En 1778 et 1779, les loups furent très nombreux en Angoumois.
La société rurale n’avait pas toujours les moyens pour se défendre, si ce n’est fourches et bâtons !
Il est fort probable que les loups aient attaqué des êtres humains au cours des siècles passés. Seules des circonstances particulières l’ont amené à agresser des person-nes : lors d’épidémies de peste, aubaine inespérée pour ces prédateurs, ou périodes de rage selon certains ethnologues mais aussi en période de grands froids et de diset-tes pour d’autres.

Il est certain qu’aux XVII° et XVIII° siècles, de nombreuses morts violentes d’enfants furent consignées dans les registres paroissiaux, les curés imputant quasiment tou-jours ces morts aux loups, ou s’ils n’étaient pas sûrs, à d’indéterminées « bestes cruel-les », « bestes féroces », « loups-cerviers » et autres « bestes à l’allure d’un chien »…
Les chiens errants sont sûrement responsables d’une partie de la mortalité imputée aux loups.
Jusqu’à la Révolution, rien n’est réglementé au sujet des chiens féralisés qui ont abandonné tout lien avec l’Homme, isolés, affamés, dangereux, excités à la fureur et au combat, errant en bandes dans la nature, les villes et les villages. Ils se voyaient attribuer l’effroyable métier de dévoreur de cadavres et ils devenaient même parfois les bourreaux des vivants, les chiens s’habituant aisément à la chair humaine.
A la fin du XVII° siècle, CHARDIN, grand voyageur, parle d’un supplice fort commun autrefois : faire précipiter les criminels du haut d’une tour et les faire manger par des chiens enragés.
Vers 1700, les habitants de certaines agglomérations se plaignent : « …lesquels chiens au nombre de plus de deux cens, ils laschent la nuit et le jour dans la ruë, en sorte que les passans en ont été mordus ; et lorsque ces chiens sont renfermés, ils troublent par leur hurlemens, le repos des habitans… »
La capture systématique n’apparut qu’avec la loi du 6 octobre 1791. Sous le Second Empire,
une fourrière de Paris recevait en moyenne neuf cents chiens par mois dont six cents étaient dangereux et devaient être abattus.
Compte tenu de la crainte que le loup inspirait, les nombreux récits de ses agressions ont été souvent largement amplifiés ; témoignages, écrits ou oraux au cours des siè-cles ont été exagérés, faussés ou mal interprétés : monstres affamés, mangeurs d’hommes ou de bestiaux.
Deux chercheurs au CNRS, E. CLAVERIE et P. LAMAISON relatent dans un ouvrage, le nombre effarant d’agressions crapuleuses et de viols dont étaient victimes bergers et bergères du XVII° au XIX° siècle. Ces crimes pour la plupart d’enfants et d’adolescents faisaient l’objet d’enquêtes policières très rudimentaires à l’époque : lorsque le cadavre était dévoré par les loups, on accusait ceux-ci du meurtre commis dans des circonstances nébuleuses, jamais clairement élucidées ; le loup servait d’alibi, cela arrangeait tout le monde !
On constate aussi que les cas d’attaque de personnes sont transmis oralement la plu-part du temps et font rarement l’objet de documents administratifs ; beaucoup de ces histoires sont nées de fantasmes des hommes, la rumeur faisant le reste !
D’exagérations en affabulations, les exploits de la bête entreront dans la légende, sin-gulièrement remaniés par la tradition orale avant de parvenir jusqu’à nous.
En définitive, quelle vérité sur les loups mangeurs d’hommes ?
De nombreux scientifiques et historiens ont consulté un grand nombre d’archives sans jamais y trouver de preuves formelles et vérifiables sur d’éventuelles attaques de loups en bonne santé.

Ecrits et témoignages historiques rapportent le comportement de meutes se nourris-sants de chair humaine uniquement après les épidémies, la famine, des actes de guerre ou l’attaque par un animal blessé ou enragé.
Des zoologistes, des éthologues spécialistes du loup sont formels : si le cadavre re-présente une proie, l’être humain vivant suscite une peur ancestrale chez le loup ; l’odeur de l’Homme est celle qui effraie le plus .


Finalement le loup craint l’Homme ; très discret, il se sauve dès qu’il entend un bruit de pas ; on en voit la queue !
Seul le mouvement de chute du corps est susceptible de déclencher une attaque. En-fin si le berger s’éloigne du troupeau même en courant le réflexe inné et immuable du loup sera de profiter de l’aubaine pour saisir un mouton mais jamais de traverser le troupeau pour poursuivre le berger.
Au fil des siècles, le loup a-t-il appris à s’adapter à l’Homme ?
Certains auteurs avancent la thèse que beaucoup d’animaux sauvages prédateurs ont au cours des siècles, changé leur comportement pour s’adapter aujourd’hui à leurs relations à l’Homme.
Comme nous l’avons cité plus haut, il est tout à fait exact que le loup suivait les villageois, les abandonnant à l’entrée d’un hameau pour les retrouver à la sortie par crainte du groupe humain dans son habitat.
Combien de nos ancêtres ont ainsi vu se mouvoir dans la quasi-obscurité la forme inquiétante du loup sans être dévorés ?
Vers la fin du XIX° siècle, un jeune homme « d’Ampanaud » avait un rendez-vous galant avec sa promise qui demeurait dans un hameau voisin. A la nuit tombée, il se rendit chez elle ; à la hauteur des dernières maisons quelle ne fut pas sa surprise !il distingua sous un orme, une masse plus sombre et immobile. Courageux, le jeune homme s’enhardit et poursuivit son chemin ; le loup se mit à marcher à quelques mètres de lui sans l’attaquer pour autant !
Un soir d’hiver vers 1895, un maçon revenait de son travail, son chien l’accompagnait. Soudain, celui-ci attira l’attention de son maître par l’inquiétude qu’il manifestait. Le maçon se retournant, aperçut un loup qui le suivait. Comme il approchait des maisons éclairées du bourg de Condéon, l’animal s’arrêta et fit demi-tour.

« LA GUERRE EST LA SŒUR DU LOUP » (dicton yougoslave).

Après la guerre, les loups !
Beaucoup de textes associent la présence des loups aux autres malheurs de la paysannerie : troubles religieux, guerres civiles, invasions, épidémies, famines, pilla-ges.
Les conflits du Moyen-âge puis les guerres des XVI° et XVII° siècle favorisèrent la prolifération des loups.
« Ils suyvent voulentiers gens d’armes pour les charroignes dou bestaill ou des chevaux morts ou d’autres choses » écrivait Gaston Phébus au XIV° siècle.
Pendant la guerre Cent Ans « les loups et leur audace augmentaient à chaque invasion » écrit R. Gauthier.
Durant cette même guerre, les loups venaient jusque dans les villes, comme à Saint-Jean d’Angély « envahissant les lieux et les rues dévorant les cadavres qu’on n’avait plus la force d’enterrer, alors que peste et famine ravageaient le pays ».
Un veneur du XVI° siècle, constate que « ce qui attire aussi quantité de loups dans un pays, ce sont les guerres ; car les loups suivent un camp pour les carnages qu’ils trou-vent d’hommes morts ».
« Les passages des armées » observe RAGACHE « désorgarnisent les structures villageoises, dispersent les troupeaux et les basses-cours, envoient errer sur les che-mins, femmes, enfants éclopés en grand nombre. Dans un tel environnement les loups prospèrent ».
Pendant des siècles, la présence des loups sera presque systématiquement associée aux guerres : autour des villages désertés ou pillés, les blessés agonisants, les cada-vres d’hommes et de chevaux, les troupeaux dispersés et les populations affamées et affaiblies, fournissent aux loups une nourriture abondante.
Quels animaux rôdaient autour des armées napoléoniennes après la retraite de Rus-sie, les batailles d’Eylau, d’Austerlitz ou de Waterloo ?
Les loups tirent leur subsistance des charniers des guerres napoléoniennes, ce sont les nécrophages, les éboueurs après guerres et épidémies.
Verlaine dans un poème paru en 1867 dans la « Revue des Lettres et des Arts » puis repris vers 1885 dans le recueil « Jadis et Naguère », évoque les loups et les campa-gnes de Napoléon :

« Parmi l’obscur champ de bataille
Rôdant sans bruit sous un ciel noir
Les loups obliques font ripaille
Et c’est plaisir que de les voir
Agiles, aux yeux verts, aux pattes
Souples sur les cadavres morts
-Gueules vastes et têtes plates-
Joyeux, hérisser leur poils roux »

« CHEUN’GÂTÉ »
La peur du loup atteint son paroxysme lorsque les foyers de rage se déclarent. Jusqu’à l’époque de PASTEUR, en 1885, date à laquelle il met au point le vaccin anti-rabique , on ne sait comment guérir la maladie et ses victimes sont condamnées à une mort inéluctable dans de terribles souffrances.
En 1874 tous les journaux charentais relatèrent le drame qui se déroula en octobre, non loin de « Villemalet », commune de La Rochette.
Pour porter secours à une petite fille attaquée par une louve enragée, Jean TEXIER, maçon, et Jean FONTROUBADE furent mordus par l’animal.
Jean FONTROUBADE sentit les premières atteintes du mal, vingt sept jours après la morsure ; il bavait, écumait, mordait ses draps et cherchait à déchirer tout ce qui l’approchait ; conscient de son état, il criait à ses proches « allez vous en par pitié, je vous ferais du mal ! » ; il mourut étouffé au trente et unième jour.
Quant à Jean TEXIER, il partit à Charroux consulter un guérisseur qui traitait cette maladie. Deux heures après son arrivée, une crise violente le terrassa et il subit à l’auberge où il était descendu avec sa famille, le même sort que son compagnon d’infortune.
Le drame inspira des complaintes à DE MASSOUGNES et A. CRETE dont les récits dramatiques et poétiques furent déclamés aux théâtres de Cognac et d’Angoulême et vendus au prix de 10 centimes. La complainte de S. BORDET fut chantée et vendue sur les foires de la région ; des spectacles furent donnés dans tous les villages de Charente, en faveur des familles des victimes. Bel exemple de solidarité !
Jusqu’au début du XX° siècle, la hantise du retour de la rage, le mal de mordre, est toujours présente dans les esprits, surtout en campagne.
De tous le pays parviennent des échos de morsures, à tort ou à raison, de loups ou de chiens enragés.
On considère le loup comme le plus terrible des vecteurs de la rage, même s’il n’est qu’un mode de transmission parmi d’autres ; malgré tout, la maladie véhiculée par le loup est perçue de manière plus dramatique que celle transmise par d’autres ani-maux ; on croyait sa morsure venimeuse « car les loups mangeaient des serpents et de la vermine ». Cette croyance demeurera longtemps vivace dans les campagnes.
De plus l’aspect « incontrôlable » de la bête sauvage, suscite une véritable panique : seul le loup, coureur infatigable, peut transmettre rapidement la maladie à toute une population ; il est évident qu’un loup enragé perd toute crainte et qu’il s’attaquera sans distinction au bétail, aux chiens, aux hommes ou aux charrues…dans la phase ultime et spectaculaire de la maladie qui dure quatre à cinq jours avant la mort de l’animal.
Pour guérir ce mal, on fait appel à des breuvages mystérieux et aux remèdes tradition-nels.
La passerage des champs a, dit-on, un pouvoir certain contre la rage. PASTEUR a constaté expérimentalement que la plante n’avait aucun effet sur la maladie. En Cha-rente, on utilise le rhizome de l’iris sauvage en omelettes, mélangé à de la fiente de poule. A Saint-Fraigne, la guérison peut-être obtenue par des incantations contre les animaux enragés :

« La Sainte-Vierge qu’est dans sa chapelle
Qui nous appelle
Qui nous dit :
Prenez garde à vous
Que le sarpent et le cheun’gâté
Touchant pas mé à vous
Que la belle estelle au soleil »

« Le Charentais » préconise presque chaque année dans ses colonnes, des méthodes infaillibles pour prévenir ou guérir le mal : un jour c’est la formule d’un noble, à base de rue , de marguerite sauvage, de racine d’églantier et de scorsonère .
Un autre jour c’est la formule d’un garde forestier, à base de vinaigre chaud et d’eau tiède qui prévaut.
Que faisait-on de ces pauvres victimes, outre les remèdes issus d’un folklore vieux comme le monde ?
On les redoutait et lorsqu’elles n’avaient pas de famille dévouée, on les enfermait seules dans leurs maisons, parfois même entre les murs d’une prison.
On leur administrait opium ou potion avant de mettre un terme à leurs souffrances. La façon la plus répandue en Charente était le procédé horrible de l’étouffement entre deux paillasses ou lits de plume.

SUS AU LOUP !

Quelques moyens propres à effrayer le loup étaient pratiqués dans différentes régions de France ; il ne s’agissait pas de détruire le fauve mais de l’éloigner, de s’en protéger sans oublier de l’éliminer si l’occasion se présentait.
En Poitou-Charentes, la bergère dénouait ses cheveux pour l’effrayer ; c’était une attitude répréhensible en temps ordinaire mais qui, dans ce cas, lui permettait d’acquérir une force magique.
A. CADET dans une étude sur la présence du loup en Charente, écrit que les bergères n’oubliaient pas les conseils des grands-mères.
« En un retour de main, on virait son coiffis à l’enrevers, l’on défesait son bichounis (chignon) et l’on se précipitait, les cheveux épars au devant du fauve en poussant de toute la force de ses poumons, ce formidable cri qui devait le glacer d’épouvante : « Arrrrrache te d’là, vilaine bête !... » ou bien « Fouis d’là, bête de cheun’gâté, le diâble te brrrûle et nous garde la boune Sainte-Geneviève !... » Pratiques empiriques relatives aux animaux – M. NOGUES – La tradition en Poitou et Charentes
Une autre méthode consistait à réciter un « Pater » à rebours !... Malgré tout, dit A. CADET, sur le chemin de l’église on pouvait être tranquille car là le loup n’attaquait jamais.
Lorsque le voyageur surpris par la nuit entendait les hurlements de la bande de loups, il se signait tout le long du chemin pour les éloigner.
« Cécile PANNETIER » raconte A. CADET « jeune bergère de Charmé, qui vers 1870, gardait son troupeau de moutons dans les champs non loin du village, aperçut soudain un loup qui se précipitait sur un agneau. Mais ce loup ignorait à qui il avait affaire ! Courageusement la jeune fille réussit à saisir la queue du loup tandis que de l’autre main elle rouait de coups avec sa houlette le sauvage animal afin de l’obliger à lâcher sa proie. Des cultivateurs travaillaient dans le voisinage ; alertés par les cris de la bergère, ils accoururent et parvinrent à tuer le loup ».
Dans certaines chaumières charentaises, on prononçait chaque soir avant de se coucher des formules incantatoires pour détourner les loups du troupeau comme cette oraison :
« Saint-Jean, serre-lui les dents !
Saint-Georges, serre-lui la gorge !
Saint-Martin, tourne ce vilain mâtin ! »

En Limousin, la bergère frappait ses sabots l’un contre l’autre, donnant ainsi le signal de la bête fauve aux bergères des alentours, en espérant que le tam-tam de plusieurs paires de sabots s’entrechoquant, mettrait le loup en fuite.
Au sortir de la veillée, on battait un briquet ou mieux, on se munissait de lanternes sourdes afin que la lueur de la flamme dissuade la bête.

En forêt de la Braconne, les marchands de bœufs, de cochons ou les cultivateurs, qui emmenaient des animaux à la foire, bien avant l’aube, étaient escortés par les loups durant toute la traversée des bois. Ils avaient des lanternes qui maintenaient les fauves à distance.
La tuile à loups était installée autrefois sur le toit des maisons ; en s’engouffrant à l’intérieur, le vent produisait une étrange plainte censée éloigner les loups.
Le bâton était, pour les bergers, un accessoire indispensable.
Le bâton ferré, muni d’une grosse pointe à l’une de ses extrémités, produisait des étin-celles lorsqu’on le frappait fortement sur les cailloux du chemin ; la peur du feu faisait fuir le loup ou le maintenait à une distance respectable.
Au XVIII° siècle, les bergers se servaient couramment d’une houlette, bâton de deux mètres de haut, terminé à une extrémité par un crochet et à l’autre par un fer plat : le crochet servait à attraper les moutons par une patte, le fer plat à projeter de la terre pour les empêcher de s’écarter du troupeau, le bâton servait d’assommoir pour le loup.

ATTENTION, PIEGES A LOUP !
Le comble du raffinement consistait à garnir des boules de viande, de verre pilé ou d’aiguilles recourbées ; une fois avalées, elles perforaient l’intestin !
D’autres moyens plus efficaces mais tout aussi barbares, étaient en usage dans toutes les campagnes ; tout un arsenal de pièges vit le jour : fosses à loups, pièges à mâchoires, traquenards, hameçons pour ne citer que les plus courants.
En Charente, les fosses, appelées « creux de loups » avaient dix à douze pieds de profondeur, souvent murées, recouvertes de branchages et installées dans une clairière ou sur des passages connus ou supposés des loups, sur d’anciens sentiers ou des coulées de gibiers ; l’appât était une cane qui criait beaucoup. Les louveteaux attrapés vivants, servaient parfois à dresser les chiens de chasse mais ces tentatives pour « civiliser » le loup se soldaient très souvent par des échecs.
De tels pièges devaient être visités régulièrement chaque matin, soit pour capturer un loup, soit pour libérer quelque malheureux bipède égaré !
On raconte en Suisse, qu’un chasseur de loups, fit un jour une triple prise dans une fosse : un loup, un renard et une vieille femme qui avaient passé ensemble toute une nuit, aucun n’osant bouger, par peur des autres !
Les pièges à mâchoires devaient être déclarés en mairie afin que le garde-champêtre puisse informer les villageois de leur présence ; on évitait alors la divagation des animaux domestiques dans ces secteurs.
Les traquenards, classiques pièges à loups, pouvaient peser une dizaine de kilos ; ils étaient légèrement enterrés et devaient êtres tendus avec précaution dans les endroits où le loup était susceptible de passer ; ils se détendaient par la chute d’une planche à bascule sur laquelle le loup marchait.
Les hameçons garnis de quatre crochets acérés et suspendus à une branche basse, se détendaient violemment et implantaient leurs extrémités crochues dans la mâchoire de l’animal.
Les colliers à loups portés encore par les chiens de bergers dans les parcs italiens, lourds colliers de métal ou de cuir, hérissés de pointes, protégeaient la gorge du chien des morsures du loup.
Pourtant à Saint-Preuil, un chien fut dévoré dans la cour de son maître vers 1890. Il ne restait plus que la tête ourlée, ô ironie du sort, du collier bardé de fer.
Gaston PHEBUS dans son traité de chasse, explique comment s’assurer de la présence du loup dans les parages pour y installer valablement toutes formes de pièges :
« S’il ne peut savoir s’il y a ou non des loups puisqu’ils n’auront point mangé, il doit les appeler et hurler à la manière d’un chien qui se plaint car le loup chante et hurle de cette façon. S’il y a des loups dans le buisson, ils lui répondront les uns aux autres ».
Dans les années 1900, certains vieux piqueurs de loups, certains charbonniers s’assuraient de la présence des fauves en les appelant la nuit. S’ils répondaient, ils observaient l’emplacement, se faufilaient dans les fourrés, prenaient les louveteaux, les mettaient dans un sac et s’en revenaient. Ils tentaient de les apprivoiser parfois.

L’AFFAIRE DES POISONS.
Un autre moyen de destruction fut l’empoisonnement.
L’Encyclopédie de DIDEROT et d’ALEMBERT mentionne un moyen efficace pour ap-pâter le loup vers un piège empoisonné :
« Se procurer la matrice d’une louve en chaleur ; la faire sécher au four et la garder dans un lieu sec ; puis frotter la semelle de ses souliers avec cette matrice. Préparer l’endroit du piège en piétinant la matrice consciencieusement ; l’odeur se conserve plusieurs jours. Elle attire fortement les loups mâles et femelles ».
Une lettre fut envoyée par le Ministre des Contributions Publiques, le 15 frimaire an VII de l’année républicaine (novembre 1798) au préfet de la Charente qui avait réclamé de la poudre de chasse dont l’armée avait trop besoin pour qu’on l’emploie à détruire les loups.
Cette lettre indique les moyens de détruire les loups sans poudre ; moyens sans doute efficaces mais peu aisés à mettre en pratique et peu agréables à préparer : appâts à base de noix vomique râpée, « bulbes » (racines charnues) d’aconit tue-loup, chien déposé sur un tas de fumier jusqu’à sa putréfaction, cornets d’un demi-gros de su-blimé corrosif , « qu’il faut faire préparer chez l’apothicaire et ne confier qu’à des per-sonnes prudentes ce poison aussi dangereux ».

La lettre se termine en assurant que « le moyen d’empoisonner les loups a toujours été suivi avec le plus grand succès » surtout « en hiver quand la terre est couverte de neige et que ces animaux sont plus affamés ».
Les racines de colchique servaient aussi d’appâts. Ces poudres toxiques « profitaient » à beaucoup d’autres carnassiers : fouines, martres, genettes, renards payaient un lourd tribut.
La strychnine (extrait de la noix vomique) que l’on commença à utiliser vers 1875, fut un poison redoutable ; l’empoisonnement fut parfois pratiqué à grande échelle « les appâts déposés dans les bois étaient des cadavres de chiens imprégnés de strychnine sur lesquels les loups mordaient à belles dents » pouvait-on lire dans « La Chasse Illustrée ».
Aujourd’hui, encore, en Espagne ou en Italie, le poison fait des ravages non seulement parmi les populations de loups mais aussi parmi les chiens de bergers, les ours, les aigles et beaucoup de petits carnivores.
Les empoisonneurs n’utilisent plus la strychnine mais un cocktail violent à base de produits insecticides et pesticides qui provoquent une agonie lente et douloureuse.
Après la Révolution jusqu’à nos jours, l’arme à feu est le moyen commun et efficace pour faire disparaître le loup.

Note de la rédaction : Dans le bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente de l’année 1917 (tome 8 page 24) est rapporté : « M. FAVRAUD, à ce sujet, se rappelle avoir vu, il y longtemps, dans une maison, un chien ou un loup en bronze, tenant un enfant dans sa gueule, trouvé au camp d’Orfeuille (commune de Ranville-Breuillaud). Cet objet gallo-romain était attaché au bout d’une corde et servait de contrepoids pour soutenir la queue de la poêle quand la cuisinière faisait des fritures ; il a été acheté récemment par un marchand d’antiquité ». Qu’est devenu cet objet ?

 

La chasse au loup et les croyances autour du loup.

RENDEZ-VOUS DE CHASSE

La destruction systématique du loup sera progressive au fur et à mesure que l’Homme étendra son emprise sur l’environnement.
Le loup fut de tout temps l’ennemi à abattre, que ce fût pour l’empêcher de décimer les troupeaux de moutons ou pour le simple plaisir de la chasse comme cela était d’usage chez les seigneurs.
Au Moyen-Age et jusqu’à la Révolution, la chasse à la huée, la traque et la battue (on n’avait pas besoin de droit de chasse pour y participer), la chasse à courre (ou… l’impôt payé par tête de loup tué !) étaient consacrées à un seul et même objectif : l’élimination du loup ; le peuple n’avait pas le droit de chasser sur les terres seigneuriales et seuls, princes, ducs, barons et autres seigneurs portaient les armes pour ce type de chasse.


Le port des armes à feu était interdit pour limiter brigandages, règlements de comptes et … révolutions paysannes.
« Entre tous les animaux sauvages, vivans dans les bois et subjets à la chasse des hommes et des chiens, le loup est le plus méchant qui fait le plus de mal et de nuisance et qui mérite d’estre questé, couru, chassé et halé des chiens et des hommes » écrivait un veneur du XVI° siècle.
Les chasseurs exhibaient leurs proies dans les villages et quémandaient récompenses en espèces sonnantes et trébuchantes.


Au milieu du XIV° siècle, le loup envahit toute l’Europe après la terrible pandémie de la Peste Noire où près d’un tiers de la population européenne disparaît, entraînant la désertion de nombreuses campagnes ; les loups prennent la place de l’Homme d’autant plus qu’en France, les ravages de la guerre de Cent Ans viennent s’y ajouter.


Au début du XV° siècle, Charles VI va se résoudre à donner aux paysans le droit de chasser, devant l’invasion massive des populations de loups dans tout le pays, par l’ordonnance du 25 mai 1413 :
« Voulons et permettons par ces présentes, que toutes personnes de quelqu’état qu’elles soyent puissent prendre, tuer et chasser sans fraude, tous loups grans ou petits, sans que ce soient au préjudice des droits de garenne des seigneurs »
En 1560, Charles IX autorise tous les sujets « à chasser de leurs terres à cris et jets de pierre, toutes bêtes rousses et noires qu’ils trouveraient en dommage sans toutefois les offenser ».
Cette ordonnance « écologique et d’avant-garde » fut naturellement inefficace car elle autorisait les cultivateurs à éloigner et non plus à tuer les animaux.
Devant l’insuffisance de moyens, Henri IV eut recours à des obligations de chasse (ordonnance de 1601) en demandant à « tous seigneurs, hauts justiciers et seigneurs de fiefs, de faire assembler de trois mois en trois mois et plus souvent encore, selon les besoins qu’il en sera, aux temps et jours plus propres et plus commodes, leurs paysans et rentiers et chasser avec chiens et arquebuses et autres armes aux loups… »


Sous la Révolution, émigrés ou chassés, les nobles qui, auparavant, chassaient les loups, avaient dû cesser leur destruction.
Les paysans de leur côté, n’avaient que peu de connaissance cynégétique et étaient privés de poudre, celle-ci restant entièrement réservée au service de la Patrie.
Les loups se multiplièrent de façon inquiétante, causant des dommages importants aux troupeaux ; il était urgent de prendre des mesures.
Des doléances furent reçues à l’Assemblée Nationale Constituante de divers points du pays ; un peu plus tard le 7 brumaire an III (octobre 1794), le directoire du district de Nontron (Dordogne), puis le 14 nivôse an III (janvier 1795), celui de Périgueux, demandèrent à la Convention des ordres pour « arrêter les progrès dévastateurs que faisaient chaque jour sur les troupeaux, les bandes de loups »
Le 11 ventôse an III (mars 1795), un décret fut enfin rendu « pour détruire dans le territoire de la République, cette espèce vorace et nuisible à la société ».
En Charente, un arrêté de battue du troisième nonidi de floréal an III (avril 1795) fut pris « vu le grand nombre de loups dont le repaire est dans les forêts de la Braconne et de Bois Blanc… »


Cet arrêté stipule dans son article 4 :
« Les municipalités inscriront pour cette battue, toutes les personnes de bonne volonté qui s’armeront de piques, de fourches, de faux, de dails . On se munira aussi de tambours, de cornes et autres instruments bruyants.
Chacun portera son pain pour la journée ; le succès de cette opération ne pouvant être as-suré que par l’exacte exécution des ordres, personne ne marchera que d’après le plan arrêté par les Commissaires du district et les gardes du bois. Sera pris sur le dépôt de Ruelle quinze livres de poudre pour être distribuées aux tireurs les plus adroits, sous la surveillance du Directeur de la Fonderie, qui fera rapporter au dépôt toute la poudre qui n’aura pas été employée ; le nombre de tireurs sera fixé par les Commissaires qui les désigneront nomina-tivement afin que ceux-là seuls, se pourvoient de fusils. Les municipalités fourniront le plomb nécessaire… »

Le Représentant du peuple


Le Président et l’Agent national assistèrent à la battue pour maintenir ordre et tranquillité ; il est vrai que certains rabatteurs n’y mettaient guère de zèle, s’échappant vers les cabarets ou se cachant pour jouer aux cartes.
En 1797, il fut détruit dans le seul département de la Charente, 29 loups, 21 louves et 120 louveteaux.
Au XIX° siècle, les années ne se terminaient guère, sans qu’un peu partout, on n’entendit parler de battues ; celles-ci s’étendaient à l’ensemble des départements ; une circulaire du 9 juillet 1818 en précise la préparation et les modalités, en recommandant toutefois de ne pas abuser de cette pratique « afin de ne pas fatiguer les administrés par des appels trop fréquents ».


Les battues étaient entreprises surtout au printemps, saison où les louves mettent bas et où les loups « chassent double » pour nourrir leur famille, parfois en hiver quand « la faim fait sortir le loup du bois » et que les paysans sont disponibles pendant la morte-saison des travaux agricoles.
Souvent considérées comme des parties de plaisirs, les battues étaient l’occasion de réunions festives peu efficaces qui n’aboutissaient qu’à déplacer les animaux.
Un article du « Charentais » relate une de ces battues qui eut lieu le 5 avril 1852 :
« Une battue fut organisée dans le Périgord dans la forêt de Labessède, dirigée par le lieu-tenant de louveterie. Ce fut une des plus belles fêtes du pays. Elle s’étendit sur le territoire de treize communes et groupa plus de six mille personnes. Huit loups furent traqués, une vieille louve et deux autres loups abattus ».


Le 24 août 1846, la présence d’une louve et de ses louveteaux mit en émoi les habitants riverains de la forêt de Ruffec ; des battues amenèrent la capture de trois louveteaux âgés de sept à huit mois dont deux étaient vivants.
D’autres que tentait peut-être l’appât des primes, s’arrangeaient pour se trouver seuls en face du loup ; la chasse à l’affût se pratiquait le soir ou le matin dans le plus grand silence, installé sous le vent dans de grands arbres ou à terre en évitant de se faire éventer.
Certains chasseurs se postaient près des fermes ou à la sortie des villages, au petit matin ou à la tombée de la nuit.
On attirait le loup en plaçant une bête morte à la croisée de chemins et l’on guettait ; ainsi à Ambérac et à Barbezières furent organisées des chasses à l’affût pour guetter un loup qui détruisait poules et chapons et menaçait les troupeaux.
L’abattage du fauve devait, dans les vingt quatre heures, faire l’objet d’une déclaration en mairie ; l’animal devait être présenté recouvert de sa peau, constaté par le maire qui rédi-geait un procès verbal.
Celui qui avait tué le loup, pouvait réclamer la peau, la tête et les pattes ; sous surveillance du maire, le corps du fauve sans sa peau était enfoui dans une fosse ou transporté dans un atelier d’équarrissage.
Dans les vingt quatre heures le procès-verbal était adressé au préfet, auquel était jointe une demande de prime.

CAVALERIE LEGERE
C’est par une organisation collective sous la responsabilité du pouvoir politique que la chasse au loup se distingua par la création de la louveterie.
L’origine remonte à Charlemagne qui, dans un capitulaire de 813, chargea ses comtes de désigner dans chacune de leurs circonscriptions, deux officiers (les luparii) dont la fonction consisterait à chasser le loup ; ils devraient informer l’empereur des destructions effectuées et lui envoyer la peau des loups.
L’institution semble être tombée en désuétude pendant plusieurs siècles mais elle reparaît à la fin du XIII° siècle où existent des officiers de louveterie à la cour du roi, avec à leur tête un Grand Louvetier de France.
Ces louvetiers rétribués exercent leurs charges sur les domaines royaux et les baillis et sénéchaux sont tenus de remplir la même fonction dans leurs circonscriptions sans en porter le titre.
Les paysans jusqu’à la fin du XIV° siècle sont contraints d’héberger et de nourrir les louvetiers et leur équipage.
Devant les abus de certains louvetiers qui n’hésitent pas à demander de l’argent pour leurs services rendus et à interdire aux paysans de tuer eux-mêmes les loups, Charles VI en mars 1395 décide que toutes les commissions données par lui à cet effet seront abolies.


Mais au XV° siècle, devant la recrudescence des dégâts, on dut rétablir les charges des louvetiers, leur permettant de lever deux deniers parisis par tête de loup tué, quatre par tête de louve, sur chaque feu dans toutes les paroisses situées dans un rayon de deux lieues de l’endroit où la bête aura été prise.
L’institution sera finalement codifiée par François 1° en 1520 sous la direction d’un Grand Louvetier de France, aidé de deux lieutenants de louveterie. Payés par le trésor royal, ils doivent notamment rassembler les gens de leurs circonscriptions trois fois l’an pour la chasse aux loups avec armes et chiens.
Sous Louis XIII, la louveterie devient florissante et de nombreuses battues sont faites à travers le royaume. On rappelle cependant, en vertu de l’ordonnance du roi Charles VI, qu’après la capture d’un loup et l’établissement du procès-verbal à la Justice la plus proche, tous les habitants des villages et paroisses, dans un rayon de deux lieues, à l’exception des mendiants et des pauvres taxés moins de cinq sols de taille, sont tenus de payer deux de-niers aux louvetiers.
Les déficiences du système trop onéreux pour les finances publiques et peu efficace, commencent à se faire sentir avant la Révolution.


Sous Louis XIV, la louveterie est exempte de taxes : la grande majorité de ses officiers est issue de la noblesse !
« Les princes ont des équipages pour cette chasse qui n’est point désagréable et même nécessaire » écrit BUFFON.


Le 9 août 1787, la louveterie est supprimée dans le but de réduire les dépenses jugées trop importantes, mais dès le 8 fructidor an VIII (août 1804), la louveterie est rétablie par Napo-léon ; la grande nouveauté de l’institution napoléonienne est qu’elle n’est plus rétribuée mais essentiellement honorifique. Un Grand Veneur de la couronne est nommé, remplaçant le titre de Grand Louvetier de France connu sous la monarchie.
Jusqu’en 1852, le lieutenant de louveterie, seul grade conservé, est sous l’autorité du minis-tère de l’Intérieur, mais à compter de cette date, ce sont les préfets qui les nomment sur proposition du conservateur des Eaux et Forêts.
Au XIX° siècle, la majorité des lieutenants de louveterie possède des titres de noblesse ; grâce à leur fortune personnelle, ils peuvent entretenir un équipage de chasse composé au moins d’un piqueur, d’un valet de chiens, de dix chiens courants et quatre limiers.
Monsieur de JANSAC du logis de la Jansaquière d’Aigre, fut lieutenant de louveterie à Ruffec. Céleste NEBOUT, vieux louvetier opérant à Ruffec, et ne chassant guère que le loup, est assisté d’une petite meute de dix à douze chiens.
Monsieur Victor ROUX DE REILHAC, lieutenant de louveterie dans l’arrondissement d’Angoulême, laisse un souvenir impérissable dans les environs ; infatigable, il organisa toutes les chasses à courre de 1840 à 1900 dans son arrondissement ; il portait sur ses boutons de vénerie, un loup accompagné de la devise « où fuir ? » Un air de fanfare « La Braconne » lui a été dédié.
La louveterie subsiste sans grand changement jusqu’en 1971, date où elle est profondément modifiée, les titulaires étant convertis en conseillers cynégétiques, assurant une mission de service public. Ils sont chargés par le préfet de l’exécution des battues et de missions particulières de régulation d’animaux dits nuisibles ou soumis à des plans de chasse et de ges-tion de la faune sauvage.

QUAND LE MALHEUR DES UNS FAIT LE BONHEUR DES AUTRES…
Dès l’Antiquité au V° siècle avant J.C., les Grecs inventent les primes pour combattre efficacement les loups.
En France des récompenses payées en 1297 sont de cinq sols par louveteau et du même montant en 1454 en Normandie ; elles semblent avoir disparue aux Temps Modernes.
En 1768, TURGOT propose au gouvernement d’accorder des gratifications pour tuer les loups ; il obtient l’autorisation de prélever dans toute la généralité de Limoges dont l’Angoumois fait partie, un supplément de capitation (taxe par habitant) pour faire face à ces dépenses.
Une somme de 785 livres payée par les contribuables et levée par les collecteurs, permit d’accorder des primes aux personnes de différentes paroisses ayant détruit des loups.
La Révolution remet en vigueur le système des primes, augmentées ou diminuées selon les époques ; les chasseurs promenaient la bête abattue de ferme en ferme et recevaient en supplément de la prime officielle, de la menue monnaie, des fromages, des œufs, du lard, de la laine.
Aux XIX° et XX° siècles, l’avènement généralisé des armes à feu, le système des primes et l’augmentation de la population rurale, joueront un rôle déterminant dans la disparition du loup.

LE MASSACRE DES INNOCENTS
A la fin du XVIII° siècle, le loup est encore un animal commun.
Au début du XIX° siècle, il est encore très présent dans les parties Est et Ouest de la France. En 1870, l’hiver fut très rude ; les loups de la forêt de La Braconne s’aventuraient sur les routes au passage des individus et des charrettes. A la veille de la guerre de 1914-1918, l’extinction finale ne semble plus être qu’une question d’années.
D’après R. HAINARD, un des grands naturalistes du XX° siècle « les derniers loups de France se trouveraient dans un territoire de landes boisées d’environ cent kilomètres de côté vers les sources de la Charente et de la Vienne, départements de la Vienne, Charente, Dordogne, Creuse. Officiellement le dernier loup fut tué en 1937 ».


Le loup subsistera encore jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale mais les observations ponctuelles faites à l’époque, ne concernent que des animaux erratiques et isolés ou échappés de parcs.
Le dernier bastion des populations de loups en France se situe donc à cheval sur trois régions administratives : Poitou-Charentes, Aquitaine, Limousin.
Ceci s’explique par l’éloignement des grands axes de communication au XIX° siècle, la présence de milieux difficiles à pénétrer, bois, brandes et ronciers inextricables, une population ovine importante, proie potentielle du loup.
Pour la Charente, on peut localiser cette population de loups dans les forêts de la moitié Est du département (forêts de Brigueil, des Signes, de Belair, de Chasseneuil, de la Braconne, bois de Quatre-Vaux, bois du Confolentais et du Montbronnais).
A la fin du XIX° siècle et au début du XX° siècle, les défrichements massifs, la pression humaine toujours plus forte en milieu rural, ont facilité le harcèlement permanent des derniers loups et la fragmentation de leurs populations.
Déboisements donc raréfaction des proies, pression de chasse, dérangement des animaux, tout cela a contribué à contrarier leur reproduction ; les conditions de tranquillité pour maintenir l’espèce ne sont plus assurées. Le territoire Bandiat-Tardoire et la Charente limousine sont donc les derniers sites de la présence du loup.
Cependant, si on a localisé l’ultime aire de reproduction avec des observations continues jusqu’en 1937, une observation sporadique est toujours possible ; en 1947, une louve et deux louveteaux furent aperçus à « La Tâche » de Cellefrouin.

AU COIN DU BOIS
La rencontre de l’Homme et du loup a joué dans l’histoire de l’humanité un rôle plus impor-tant que tout autre animal sauvage. Pendant longtemps l’image du loup resta tout autre que celle d’un ennemi.
L’Homme et le loup se côtoyèrent pendant des millénaires sans véritable rivalité dans un milieu peu peuplé où il y avait de la place pour tous.
Dans la Préhistoire, partageant la même niche écologique que l’Homme, il fut son concurrent plus que son adversaire mais aussi son commensal comme le fut son congénère le chien.
Cette concurrence a existé sans psychose particulière ; l’homme du Paléolithique a cohabité sans heurt majeur avec le loup ; il n’était qu’un prédateur parmi d’autres comme l’ours, le tigre à dents de sabre ou le lion des cavernes ; il faisait partie du paysage même si l’Homme devait limiter l’impact du loup sur ses propres proies ou lutter contre ses éventuelles atta-ques.
En Gaule, les loups assez peu gênants à l’époque gallo-romaine, deviennent menaçants aux temps mérovingiens ; c’est durant cette époque que changea définitivement l’image du loup qui de voisin, devint ennemi.
La déclaration de guerre allait durer presque deux millénaires, parfois incertaine, mêlée de succès et d’échecs : les loups un instant repoussés, réapparaissent plus nombreux pour décliner puis proliférer à nouveau et enfin régresser totalement jusqu’à sa protection récente.

LA SAGA DU LOUP
Le pacte des loups
La croyance aux meneurs de loups était répandue dans toute la France, c’était le dernier vestige de la légende si longtemps entretenue des loups-garous
Certains meneurs de loups (on leur donnait différentes appellations : charmeurs de loups, appeleurs de loups, promeneurs de loups, montreurs de loups) se faisaient une spécialité d’apprivoiser les carnivores.
Les meneurs de loups étaient des personnages pittoresques et énigmatiques, souvent des personnes en contact avec la nature, bûcherons, charbonniers, gardes-chasse ou gardes forestiers, qui possédaient le « secret » pour conduire les loups.
Certaines personnes qui avaient le pouvoir d’attirer les loups, les utilisaient pour voler moutons et chèvres.
« A Queaux dans la Vienne, vivait un certain BERNON, appeleur de loups, décédé vers 1885. BERNON appelait les loups avec un cri particulier, ils venaient autour de sa maison… Parfois, ils le suivaient et marchaient autour de lui.
Lorsque BERNON partait avec les loups, il se jetait une peau de loup sur le dos et se frottait les mains avec une pommade à base de graisse de loup.
Il apportait son aide aux chasseurs dans les battues contre les loups ; ils venaient à son appel et étaient alors détruits.
Mais BERNON devait en préserver quelques-uns auxquels ils s’était attaché et qui lui te-naient compagnie. BERNON était pris pour un sorcier par ses voisins mais ils ne l’en ai-maient pas moins ».

A Lussac-les-Châteaux, le promeneur de loups proposait aux gens de les faire raccompagner par l’un de ses animaux à condition qu’ils ne tombent pas en route et qu’ils lui donnent un morceau de pain à l’arrivée.
A la fois braconniers, guérisseurs, saltimbanques, sorciers et… maîtres-chanteurs, les montreurs de loups intimidaient les habitants des villages. Ainsi en 1879 « La Chasse Illustrée » signale que l’on a arrêté un homme qui se servait d’un loup pour faire l’aumône.
Dans les cantons d’Aigre, de Villefagnan, de Ruffec et de Chef-Boutonne, certains considéraient les meneurs de loups comme des individus vêtus de peaux de loups, armés de solides gourdins et conduisant la nuit des bandes de loups qui leur obéissaient au moindre signe.
Pour d’autres, le meneur de loups tenait à la fois du loup-garou, du sorcier, prenant la forme des animaux qu’il conduisait ; il était très redouté.


J’vas t’faire un don
Par une froide soirée d’hiver, un inconnu entouré de six loups menaçants se présente à la ferme des RIBAUD et demande à manger.
« - T’as de jeunes enfants ? dit le meneur de loups, une fois sa faim assouvie.
- Tu as dû les voir, répond le fermier que cette scène a troublé.
- L’âge du plus jeune ?
- Un an…
- Garçon ou fille ?
- Fille…
- Montr’la moué.
- Mais…
- N’crains rien, j’veux remercier.
RIBAUD ressent un soulagement.
- Si c’est pour ça, nous sommes quittes…
- J’veux quand même.
Il va au banc dépassant sous la table. Il ouvre sa blouse sur le côté ; chacun s’aperçoit qu’il porte un grand sac par derrière contre son dos. Il tire le banc et s’assoit loin du feu.
- Cette chaudure n’peut que m’faire des maux, dit-il en jetant un mauvais regard aux bûches chantantes.
- … Montr’moué ta ch’tite i’fille, ajoute-t-il aussitôt.
Inquiète, la mère ne veut pas lâcher l’enfant.
- Laisse faire dit le fermier.
- Marie est montrée à l’homme.
- Donne, dit-il.
Lorsqu’il l’a sur lui, le meneur commence par lui dire :
- … Ch’tite, ‘coute… J’vas t’faire un don…
Et il lui parle longuement à voix basse. Personne ne comprend ce qu’il dit. Il y a des cris gutturaux suivis de mots mystérieux. Marie le regarde, sérieuse, la bouche ouverte. En parlant, il défait son sac et en sort un louveteau de deux ou trois mois qui se met à remuer comme un raboliot pris au collet.
- L’a point mangé d’viande, vot’fille ? demande-t-il encore.
- Non… répondent-ils tous en même temps le souffle court.
Il marque d’un silence, le silence, et prenant la petite main de l’enfant, il la met dans la gueule du louveteau.
La mère étouffe un cri et s’avance pour reprendre sa fille. RIBAUD l’arrête du regard.
A présent, l’autre parle à voix forte, gravement
- T’as l’don, Marie… tu comprendras les loups, tes mains pourront barrer et guarir les mordures faites par eux. Tu mâcheras du pain pour faire la bouillie qui guarira… tu la poseras su’l’mal…ca s’ra eune sorte d’madicament…
- … seulement, souviens-toi, tu perdras l’don à ma mort.
Cela dit, le meneur tend l’enfant à sa mère et se lève. Il sort lentement. Dociles et repues, ses bêtes l’attendent dans la cour. « Trri… » fait-il. Ils s’enfoncent dans la nuit qui vient durcir le froid… »
Claude SEIGNOLLE – Marie la louve.

La danse des loups
Au XVI° siècle, de nombreuses ménageries produisaient en public, lions, tigres, ours, loups, sangliers et divers petits carnivores.
En dehors des ménageries royales et seigneuriales les montreurs d’animaux exhibaient dans les villages, ours, loups et sangliers. On faisait danser l’ours et le loup qui se dandi-naient d’une patte sur l’autre, le corps dressé. Ce genre de spectacle contribua à alimenter beaucoup de légendes fantastiques mais peu à peu les montreurs de loups disparaîtront cédant la place aux cirques ambulants qui passaient dans chaque petit village ; les « loups savants » animaient les soirées villageoises.

Ces jeux du cirque étaient fort prisés au début du XX° siècle. On imagine l’excitation des spectateurs à une époque où la peur commençait à s’estomper.
Si les loups des cirques pouvaient ainsi prendre quelque exercice pendant leur numéro, il n’en était pas de même pour leurs frères des zoo et des ménageries, condamnés à tourner en rond, à demi-fous, parfois muselés dans des cages exiguës.
Par ignorance parfois, souvent par cupidité, on faisait fi de leur adaptation aux grands espaces. Les loups encagés sont des êtres diminués et dépendants, développant une agressivité excessive ou au contraire une tristesse morbide ; l’individu isolé perd son « esprit » de meute ; il ne peut supporter sans dommages les regards humains pesants et a besoin de s’y soustraire quand il en a envie. Triste tableau pour l’éducation du public !
Aujourd’hui l’intérêt du public se porte sur les parcs animaliers moins stressants pour la faune en semi-liberté.
Le loup-sorcier
Le loup occupe une place non négligeable dans le monde de la sorcellerie. Des centaines de sortilèges, de remèdes peuvent être relevés dans la littérature mythique. Tué, dépecé, broyé, pilé, le loup entre dans la composition de potions miracles et de spécialités médicina-les originales :
Au XIX° siècle, dans l’Angoumois, on mettait un collier de dents de loup autour du cou des jeunes enfants pour aider à la percée des leurs.
Pour obtenir un amour durable, il fallait préparer une pommade avec de la moelle qui se trouvait dans la patte gauche d’un loup, la mélanger à de l’ambre gris et de la poudre de Chypre . Faire flairer cette pommade à la femme qui tombera sous votre dépendance.
Pour guérir la colique, il était conseillé de piler bien menu de la fiente de loup et des os qu’on buvait avec du vin.
Le fiel de loup mélangé, à des graines de concombre sauvage guérissait de la constipation, si on appliquait la mixture sur le nombril.
Bien d’autres parties de son corps avaient des vertus bénéfiques ; on s’imprégnait de sa puissance : sa canine était une amulette porte-bonheur, son pénis rôti était aphrodisiaque, son foie était presque une panacée.
D’autres affections étaient censées être soulagées à l’aide de potions composées de parties anatomiques du loup.
C’est le loutier-sorcier qui préparait les philtres, décoctions et autres élixirs magiques, à base de loup. Le loup-guérisseur ? Il semble assez paradoxal que l’on attribuât aux diverses parties du corps du loup tant détesté, de si merveilleux pouvoirs !
Le bétail n’était pas oublié dans cette pharmacopée diabolique. On pouvait protéger les moutons et les vaches en accrochant un morceau de loup, une patte, une queue, un mor-ceau de peau dans la bergerie ou dans l’étable.
On repoussait les démons en clouant les pattes d’un loup sur la porte des granges ; on chuchotait même que le loup servait de monture aux sorciers et que les sorcières faisaient de sa peau des jarretières !
Le loup en garou
Une croyance très répandue était colportée de village en village, celle du loup-garou.
A l’origine, les loups-garous ne sont pas perçus comme des êtres maléfiques ; ils vont de ferme en ferme, de hameau en hameau, pauvres gueux vêtus de peaux de loups, recueillant toujours quelques oboles ; cette tradition a subsisté jusqu’au XVIII° siècle dans certaines contrées reculées de l’Est de la France et en Allemagne.
C’est au Moyen-Age que l’image du loup va se transformer peu à peu ; on ne retiendra que l’aspect négatif, surnaturel et démoniaque des loups-garous.
Il existe autant de descriptions que de récits ; une fois la nuit venue, des hommes ou des êtres malins se déguisaient, ou prenaient l’apparence du loup pour semer la terreur.
La période d’apparition la plus favorable était l’hiver par grand froid, neige, brouillard ou nuits de pleine lune et veillées tardives ; on le décrivait souvent comme un être hybride, mi-homme, mi-loup, en posture de bipédie, le corps couvert de poils noirs ; il dégageait une puissance magique redoutable.
Il était dit que les loups-garous étaient des sorciers qui avaient le pouvoir de se transformer en loups dès la fin du jour.
Aux environs d’Aigre et de Villefagnan, au milieu du XIX° siècle, des villages étaient réputés pour leurs loups-garous ; un dicton disait :

« O l’est à Pailleroux, commune de Villefagnan
Pays des loups-garous
A la Faye, o n’a pas tant
L’endret n’est pas si grand »

A Mansle, un jeune homme coupa une patte d’un loup-garou qui l’attaquait. Arrivé chez sa fiancée, il s’aperçut qu’elle était alitée et n’avait qu’un moignon à la place d’une main… c’était elle, le loup-garou ! Au XX° siècle, encore, on affirme avoir vu un loup-garou dans la commune de Bourg-La-Reine (Hauts de Seine) ! Et qui sait, si de nos jours, sa silhouette ne se profile pas encore dans quelques forêts, les soirs de pleine lune, quand les nuits sont glaciales !
Les explications divergeaient quant à l’origine de l’apparition de ces êtres mystérieux qui parcouraient la campagne nuitamment, provoquant de véritables psychoses : envoûtement ? Agissements de psychopathes ? Farces de voisinages ? Apparition du Diable ?...
On allait jusqu’à désigner un tel ou un tel, comme étant un loup-garou, à en juger certains signes extérieurs : sourcils épais et rapprochés, lèvres charnues, visage chafouin, « mauvais œil »…
Dès le XVI° siècle, on tentait de déduire le tempérament d’un homme à partir de sa physio-nomie ; cet homme n’était-il pas prédestiné à la « folie louvière » ou lycanthropie, et tout désigné à la condamnation au « bûcher » ?
La médecine à cette même époque prétendait que le pelage du loup poussait sous la peau des loups-garous ! Les hommes accusés d’être des loups-garous dévorant des enfants, étaient écorchés vifs avant d’être brûlés, pour contrôler s’ils avaient « le poil en dedans » !
Pour se débarrasser définitivement d’un lycanthrope, un seul remède, la balle d’argent bénie dans une chapelle dédiée à Saint-Hubert, à certaines heures mystérieuses de la nuit à condition que le tireur mâchonne un trèfle à quatre feuilles.
Une confusion permanente était entretenue entre êtres mythiques sortis de l’imaginaire humain et le loup en tant qu’animal.
La raison de cette crédulité est à rechercher au-delà de l’obscurantisme moyennâgeux : beaucoup de peuplades primitives dans la Préhistoire se croyaient apparentées à des familles animales.
Le dédoublement possible de l’homme en animal est de tous les âges et de tous les conti-nents.
Dans certaines tribus africaines, on rencontre encore des hommes-panthères de la forêt équatoriale ou des hommes-lions de la savane, « faisant alliance » avec le fauve et s’identifiant à lui. Leurs pratiques dénotent une « lycanthropie » mêlée de cannibalisme dans un passé relativement récent.
Le loup devient frère de tous les marginaux et déviants, de tous les étrangers parmi leurs semblables. Sadiques, meurtriers, déments forment l’essentiel des personnes accusées de lycanthropie.
En 1846, l’Académie du Savoir, dans une étude sur les procès intentés aux animaux par les juridictions ecclésiastiques, considère que la lycanthropie était jadis très fréquente ; le ma-lade s’imaginait être loup, courait dans la campagne, recherchant les cavernes et les lieux déserts, se jetait le cas échéant sur les gens et les troupeaux et aimait à se repaître de chair crue.
Le loup recueillait toute la part d’associabilité. Le trio sorcier-loup-diable était réuni dans un même complot, celui de l’anéantissement de la société des hommes et du royaume de Dieu.
Ces croyances étaient tellement ancrées dans les esprits qu’à Poitiers, on brûle un certain Guillaume de LURE qui professait la non-existence du loup-garou !
Pour la psychiatrie, cette dislocation de la personnalité, cet enfermement sur soi-même, ce rejet de la civilisation, marquent un délire proche de la schizophrénie.
Il paraît que…
Lorsqu’un loup emportait un mouton, on pensait que les autres ne « profitaient plus ».
A Champniers on pensait que le loup avait les côtes en long et ne pouvait se retourner.
On affirmait que les loups restent neuf jours badés (la gueule ouverte), neuf jours barrés (la gueule fermée).
On croyait qu’il fallait voir le loup avant d’être vu, sinon on perdait la voix. La peau du loup préservait des poux, des punaises et autres vermines qui fuient la peau du loup comme feu
Contes, légendes et récits
L’acharnement passionnel à vouloir dénigrer le loup (mais aussi à le vénérer) trouve en partie son origine dans l’appréhension culturelle de l’animal.
La littérature a donné une image d’un animal fabuleux, même dans la littérature enfantine, où il terrifie animaux et hommes.
Fables, contes et légendes, tissés par la frayeur atavique de l’Homme, ont bercé des gé-nérations d’enfants par des histoires de « grands méchants loups » dévorant d’innocentes bergères, la grand-mère du Petit Chaperon Rouge ou la courageuse « Blanquette » de ce brave Monsieur SEGUIN…
On connaît tous l’histoire de Guillaume, qui par ennui, appela maintes fois à l’aide en criant « au loup ! au loup ! » Jusqu’au jour où l’animal fut bel et bien là ! Pensant qu’il s’agissait encore d’une farce, les paysans ne vinrent pas aider le jeune berger qui fut ainsi puni d’avoir menti…
Dans les contes occidentaux, le loup traîne une odeur de maraudeur et de tueur. Pour le psychanalyste, ces contes ne sont pas toujours aussi anodins qu’on le pense. Dans les cé-lèbres contes de PERRAULT , le Petit Chaperon Rouge représente l’innocence mystifiée par le loup personnifiant l’homme amoral, la grand-mère dévorée symbolisant le viol.
D’ailleurs Charles PERRAULT, lui-même, tire la morale de ce conte :


« On voit ici que de jeunes enfants
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites et gentilles
Font très mal d’écouter toutes sortes de gens
Et que ce n’est pas chose étrange
S’il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles,
Mais hélas ! Qui ne sait que ces loups doucereux,
De tous les loups sont les plus dangereux ».


Quoi qu’il en soit, ce conditionnement culturel a naturellement forgé l’image contemporaine fausse et négative du loup.

Sous des habits divers, le loup est devenu personnage de romans.
Aux XII° et XIII° siècles, le « Roman de Renard » est une sorte d’épopée familière où le personnage principal après Renard le goupil, c’est le loup brutal Ysengrin qui n’est que mus-cles, gueule, ventre, esclave de la tyrannie du corps et qui ne connaît d’autres règles que celles de ses besoins. D’intelligence point !
La bêtise du loup est narrée dans de nombreux contes comme ce récit charentais où un jour, en forêt de la Braconne, un vieux loup se plaint au renard d’avoir mal au dents lorsqu’il mange de la chair crue.
- Qu’a cela ne tienne ! répond le renard, fais la cuire pendant trois jours, elle n’en sera que plus savoureuse et fondra sous tes dents ! Tu vois cette lueur au-dessus des arbres, ce sont les flammes des forges de la fonderie de Ruelle.
Approche-toi du foyer et tiens bien, à bout de bras, le gigot près des flammes, il rôtira sûre-ment.
Le loup ne se fait pas prier et galope, ventre à terre, le gigot sous le bras en direction de Ruelle.
Il présente la viande au brasier rougeoyant en hissant le gigot au-dessus de sa tête ; la viande cuit peu à peu ; au bout de trois jours enfin, comme l’avait dit le renard, le rôti semble cuit à point.
Le loup épuisé par tant d’efforts, les bras endoloris, le poil roussi, goûte un morceau grillé et durci : il n’est pas de son goût et risque lui casser les dents qui lui restent ! il est bon à jeter !
- Une fois encore ce maudit goupil m’a berné, pense t-il en trottant tout penaud vers la li-sière de la forêt. Je jure qu’il ne m’y reprendra plus !
Dans « Croc Blanc », J. LONDON décrira l’âpre combat d’un louveteau pour sa survie dans l’immensité glacée du grand Nord, à l’appel des grands espaces.
L’homme qui possède un pouvoir surnaturel se nomme « Garou-Garou » dans le « Passe-Murailles », nouvelle de M. AYME.
Bien d’autres romans fantastiques ont pour thème le loup et la lycanthropie : « Hugues-le-Loup » d’ERCKMANN-CHATRIAN, « Le Loup-garou » de B. VIAN, « Le Loup » de G. DE MAUPASSANT, « Contes et Légendes du Berry » de G. SAND, « Le Loup des Steppes » de H. HESSE etc…
Mowgli, l’enfant élevé parmi les loups dans « Le Livre de la Jungle » n’est pas un simple personnage de fiction ; l’histoire offre des cas semblables : les enfants-loups arrachés à leur milieu, partageant la vie sauvage du prédateur.
Mentionnons tout particulièrement Claude SEIGNOLLE, dernier conteur-sorcier. Il donne vie à l’univers des croyances paysannes et crée une littérature fantastique dans ses nombreux romans tels que le « Gâloup », « Marie la louve », « les Loups Verts », « L’homme aux sept loups » et des contes de loups-garous.
La poésie romantique n’est pas oubliée et fera du loup l’incarnation de l’abnégation stoïque dans le célèbre poème « La mort du loup » écrit par Alfred de Vigny dans sa terre charen-taise du Maine-Giraud.
« Et sans daigner savoir comment il a péri
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri »
Le poète participera, en forêt de Chardin et de Claix, à maintes équipées contre le fauve. A-t-il été sensible à l’une de ces poursuites pour traduire son émotion dans ce poème symboli-que ?
La tradition chantée a largement exploité ce même thème, ne serait-ce que dans les comp-tines enfantines (« Loup y es-tu ? »), les rondes chantées et les courses poursuites (« Où vas-tu belle boiteuse ? »), les chants du folklore (« le loup, le renard et la belette ») pour ne citer qu’un des plus connus parmi tant d’autres, la chanson contemporaine (« les loups ») grand succès de Serge REGGIANI ou (« le loup, la biche et le chevalier ») de Henri SALVADOR et même l’opéra-comique où la bergère Colinette, toute tremblante, chante sa peur du loup dans l’opérette « Les Saltimbanques ».
Le cinéma a produit de nombreux films à succès souvent traités sur le mode fantastique, voire des films d’horreur produits en série ; déjà en 1913, le cinéma muet réalise « Loup-Garou », en 1942 « Le Loup de Malveneur », plus récemment « Hurlements », « Wolf », « Danse avec les loups », « Le pacte des loups »…
Image mythique
Le bestiaire médiéval , les légendes, les emblèmes, la mythologie des peuples, le folklore sont le reflet d’une peur ancestrale mais aussi d’une vénération : les loups symboles du Mal ou êtres bénéfiques et féconds, dignes d’adoration.
Cette ambiguïté entre le Mal et le Bien est constante dans la plupart des civilisations ancien-nes. Le loup est représenté comme l’animal de la pénombre alors que le blanc et fragile agneau est innocence et pureté.
Les Romains doivent la formation de leur capitale à Remus et Romulus, deux jumeaux élevés par une louve sous la protection de la divinité romaine Luperca.
Le culte du loup se prolongea à Rome dans les fêtes des Lupercales. Ces fêtes en l’honneur de Faunus Lupercus, dieu protecteur des troupeaux contre les loups et de la prospérité de ces troupeaux, étaient licencieuses ; elles furent interdites en 496 et remplacées par la fête de la Purification de la Vierge devenue Chandeleur.
Chez les Scandinaves on représentait Odin, dieu de la guerre, avec une tête de loup, tou-jours accompagné de deux loups.
Ce culte du loup à inspiré de nombreux artistes ; plus qu’en littérature peut-être, l’imaginaire du loup féroce et démoniaque s’est ainsi déployé dans l’iconographie. Déjà au Bas Moyen-Age, on voit apparaître dans l’imagerie populaire des images de Jésus combattant le loup.
Depuis les peintures rupestres des hommes du Paléolithique supérieur jusqu’à nos modernes dessins animés, aucun animal n’a suscité une telle profusion d’images.
Les imagiers des siècles précédents, ignorant les sciences d’observation, ne se préoccupaient pas de reproduire la réalité ; aussi le loup a-t-il mis longtemps à se dégager des gra-vures de démons, d’animaux monstrueux et fantaisistes.
Avec les progrès scientifiques, l’apparition de la photo et du cinéma, on aurait pu penser que ces images étaient révolues et auraient été démystifiées ; elles se sont réfugiées dans les genres populaires, dessins animés, bandes dessinées, films d’horreurs, satisfaisant des fantasmes archaïques.
Outre les gravures, estampes, bois gravés, le loup fut représenté :
- en numismatique sur les monnaies mérovingiennes
- ornements des boutons d’équipage de vénerie
- en peinture comme le tableau suggestif de LINDSTRÖM : « les loups dans la forêt »
- sculptures des édifices civils ou religieux comme ces figurations du loup dans les églises d’Aulnay-de-Saintonge, Saintes, Poitiers, Marcillac-Lanville, etc…
Le loup symbolique fait allusion à la colère mais aussi à la luxure ; le loup symbole de fé-condité suppose la sensualité voire le stupre. D’une jeune fille qui avait perdu sa virginité, ne disait-on pas, au XVI° siècle, qu’elle venait de voir le loup !
Ces deux symboles sont magnifiquement sculptés sur des modillons qui ornent l’abside du prieuré Notre-Dame de Lanville.

Le loup symbole de la colère Le loup symbole de la luxure
Des statuettes anciennes, symbolismes de cultes païens, vraisemblablement des divinités celtiques, furent retrouvées à la fin du XIX° siècle à Ranville-Breuillaud et Fouqueure.
La statuette découverte à Ranville représente le loup tenant un enfant dans sa gueule ; celle de Fouqueure, datant de l’époque gallo-romaine, représente un personnage « androphage » à l’allure de loup ; de sa gueule sortent des jambes humaines. S. REINACH pense qu’il s’agit d’un motif celte rappelant le dieu-loup gaulois.
L’image du loup cruel, semant la mort et la destruction, a longtemps servi pour dénoncer tyrans et persécuteurs, comme sous la Révolution où ROBESPIERRE sera dépeint par les Monarchistes sous les traits d’un loup assoiffé de sang tandis que les Jacobins utiliseront la même image contre les accapareurs et profiteurs en tout genre.
Dans l’Italie fasciste de MUSSOLINI, les mouvements scouts sont remplacés par des forma-tions para-militaires d’enfants et d’adolescents, les « Fils et Filles de la Louve », ayant pour emblème le loup.

Le châtiment de Dieu
Dans toute la mythologie chrétienne, le loup est l’incarnation des puissances du Mal, sa voracité supposée l’a fait comparer à Satan, dévoreur d’âmes et son attrait pour les agneaux en a fait un ennemi du Christ, l’Agnus Dei.
« Si tu te réfugies dans le Christ, tu mets en fuite le loup ». « Si le loup menace de bondir sur toi, tu saisis une pierre, il s’enfuit. Ta pierre, c’est le Christ et le Diable ne te feras plus peur » écrit Saint-Ambroise au IV° siècle.
Le clergé apportera son appui ferme dans la guerre aux loups : bénédictions et participations aux battues, processions et messes spéciales, prières publiques de quarante heures…
Le loup est un fléau envoyé par Dieu pour punir les hommes.
Lors de l’affaire du Gévaudan, dans toutes les paroisses, le peuple court à confesse, les curés montent en chaire, disent que cette créature fantastique, suppôt de Satan, est une mise à l’épreuve de l’Homme par le « Tout-puissant ». Le Saint-Sacrement est exposé dans toutes les églises.
Le 31 décembre 1764, l’évêque de Mende adresse aux paroisses un mandement épiscopal. Il sera lu en chaire devant toute la population miséreuse. Les paroles de la plus haute autorité civile et religieuse du diocèse, résonnent sous les voûtes des églises et de la cathédrale de Mende :
« …vos malheurs ne peuvent provenir que de vos péchés. N’en doutez pas c’est parce que vous avez offensé Dieu que vous voyez aujourd’hui accomplir en vous… … les menaces de Dieu…
… ne demandez donc plus d’où est venue la bête féroce qui fait tant de ravages parmi vous…
… pères et mères qui avez la douleur de voir vos enfants égorgés par ce monstre que Dieu a armé contre leur vie, n’avez-vous pas lieu de craindre d’avoir mérité, par vos dérèglements, que Dieu les frappe d’un fléau si terrible ?... Au lieu de leur apprendre de bonne heure à craindre Dieu et à s’abstenir de tout péché... ne leur inspirez-vous pas des sentiments tout opposés d’ambition, d’orgueil, de mépris pour les pauvres, de dureté pour les misérables ? Après cela, faut-il être surpris que Dieu punisse l’amour déréglé que vous avez pour eux...
Ce sexe dont le principal ornement fut toujours la pudeur et la modestie semble n’en plus connaître aujourd’hui ; il cherche à se donner en spectacle... Une chair idolâtre et criminelle qui sert d’instrument au démon pour séduire et perdre les âmes, ne mérite-t-elle pas d’être livrée aux dents meurtrières des bêtes féroces ?...
Où trouverons-nous le remède à tant de maux ? Dans un véritable sincère repentir.... Si nous cessons d’offenser Dieu, sa colère fera place à ses miséricordes...
Cet animal tout terrible qu’il est... tombera sous les coups... dès que les moments de la miséri-corde de Dieu sur nous seront arrivés. Hâtons-les, ces moments si désirables, par nos larmes et nos gémissements... »
En fait ce mandement est destiné au clergé local afin que chaque prêtre le mette à la portée des fidèles illettrés et crédules dans leur grande majorité.
« ...que les pasteurs et ceux qui sont chargés du soin des âmes, s’appliquent à dissiper... ces contes fabuleux dont le peuple grossier aime à se repaître et à bannir de son esprit tout ce qui ressent l’ignorance et la superstition ».
Dans les Saintes Ecritures, Jésus, le bon berger ne ramène-t-il pas dans la Lumière et la Vérité, les brebis égarées qui se conduisent en loups ?
Pour l’homme d’église, les ravages des loups n’ont rien de commun avec la sorcellerie ; il y voit avant tout un signe du châtiment divin.
A quel Saint se vouer ?
De Saint-Hubert à Saint-François d’Assise en passant par Saint-Loup , on a célébré le culte des Saints protecteurs et guérisseurs à l’occasion.
Pour se libérer des vieilles terreurs, on évoque les Saints dans des patenôtres récitées au lever du soleil :
« Sainte-Agathe, liez lui les pattes »
« Saint-Reno, serrez lui les boyaux »
« Saint-Gesippe, serrez lui les tripes »
« Saint-Grégoire, serrez lui la mâchoire »
« Saint-Loup, tordez lui le cou »

On raconte que Saint-Hubert, jeune débauché, se livrait à son plaisir favori la chasse, lors-qu’il vit une croix lumineuse briller sur l’animal qu’il allait tuer. Le choc fut tel qu’il se convertit aussitôt.
A La Rochette, Saint-Fabien protégeant les animaux, on faisait avec eux, une procession dans la prairie du comte de RIBEYROLLES.
A Saint-Claud, près de la chapelle de « Négret » (XI° siècle), le jour de la Saint-Blaise, il y avait une dévotion pour les moutons. Après la messe, les pèlerins faisaient trois fois le tour de la chapelle en priant et déposant dans les anfractuosités des murs, des offrandes : flo-cons de laine, fruits, noix ou châtaignes sèches. Au cours de la dévotion, les pèlerins grat-taient et enlevaient un peu de crépi aux murs de la chapelle et déposaient cette poussière dans les étables afin de préserver le bétail des dangers et maléfices du loup.
A Eymouthiers, croix et fontaine Saint-Roch étaient invoquées.
A Saint-Cybardeaux, la « Font-Pélerine » était réputée pour protéger les moutons.
Toutes ces constructions de l’esprit reflètent un des combats de l’Eglise contre le paganisme qui montre le loup comme un animal bienfaisant ayant le rôle de protecteur d’un peuple et idolâtré pour sa puissance.

Le dictionnaire du loup et sa carte d’identité.

LE POIDS DES MOTS

La place du loup dans la langue française rassemble la plupart des croyances les plus fausses et les plus terribles sur le loup.
Le loup on en parle avant même de savoir qui il est.

Les pays à loups

Le toponyme loup désigne des lieux prétendument fréquentés ou visités par les loups, il y a plusieurs siècles.
La toponymie témoigne des traces du loup ; c’est l’animal qui, là encore, a donné le plus grand nombre de lieux ; la plupart des toponymes dans notre paysage date du Moyen-âge et du début de l’Epoque Moderne.
Les contacts répétés avec le prédateur aboutissent à donner une identité au site, mais parfois il est plus présent dans les imaginations que dans la réalité de sorte que les toponymes qui l’évoquent ne correspondent pas nécessairement à des endroits qu’il a fréquentés assidûment :
Combe au loup : là où il a été vu – Trou du loup : là où il met bas – Gratte-loup : là où il délimite son territoire – Chante-loube : là où il hurle – Fosse au loup : là où il a été piégé – Etrangle-loup : là où il a été tué.
Dans le Nord Charente comme partout ailleurs, quelques toponymes conservent le souvenir d’événements qui ont frappé l’imagination des habitants des environs ; on peut établir un inventaire sans doute incomplet de quelques noms de lieux :
Vallon de « Trompe-loup » à Barbezières (dans le sens « jouer de la trompe » ou « tromper le loup » car les proies y font défaut) – « Loubezille » à Bonneville – « Lou-beville-Pisse-loube » à Gourville (défi au prédateur ou désignation d’un maigre filet d’eau ?) – Lupsault (lupus = loup, saltus = forêt du domaine public ; forêt du loup) – « Creux-du-loup » à Mansle – « Le Bout-au-Loup » à Marcillac (endroit reculé, isolé ? C’est une des îles dans un des méandres de la Charente) – « Combe-aux-loups » à Ruelle – « Rude-Loup, Pré-au-loup, Loup-pendu » à Ruffec – « Le Breuil-du-Loup » à Verdille (le bois où l’on pouvait chasser le loup) – « Champ-du-Loup, Terre de Gratte-loup » à Villefagnan – « Motte-au-loup » à Vouharte.
Les plantes du carnivores
De nombreuses espèces végétales ont emprunté leurs noms vernaculaires à des ca-ractéristiques du loup :
- La vesse de loup (lycoperdon) est un champignon appelé encore pet-de-loup, peut-être à cause du jet de spores brunâtres qui fuse à mâturité lorsqu’on l’écrase.
- La tomate (lycopersicum ou pêche de loup) : on a cru longtemps que ce fruit était toxique d’où l’évocation du caractère maléfique du loup.
- Le lycopode ou petit-pied-de-loup ou mousse terrestre, est un cryptogame appa-renté aux fougères ; il doit son nom à l’aspect de ses ramifications hirsutes et grif-fues comme une patte de loup.
- Le lycope d’Europe, plante des lieux humides, est appelé patte-de-loup à cause de la forme de ses feuilles lancéolées munies de dents profondes.
- Le lycopsis des champs ou face-de-loup, nommé ainsi à cause de l’aspect de sa tige et de ses feuilles couvertes de poils rugueux et hérissés
- Le garou ou sainbois ou bois joli (daphné), arbrisseau originaire du Midi est présent en Charente-Maritime. Il a des baies toxiques, une écorce vésicante. Les feuilles sont vénéneuses. Le bois servait autrefois à fabriquer les pois de garou comme cautère.
Citons encore les pois du loup (lupin) à cause de son amertume comme le lupulin ou poudre de houblon, la gueule-de-loup (digitale et muflier), des plantes hautement toxiques comme l’herbe-au-loup (aconit tue loup), l’étrangle-loup (parisette), le tue-loup (colchique).

La langue du loup
Faim, danger, cruauté… le loup distille parfois l’inquiétude dans certaines expressions remplies d’images de comparaisons :
Un froid ou une faim de loup – A pas de loup – Hurler avec les loups – Fils de loup (fi d’loup) – Se jeter dans la gueule du loup – Enfermer le loup dans la bergerie – Un vieux loup de mer (un marin expérimenté) …

A la queue leu-leu (leu, ancien nom du loup) : c’est se déplacer sur une seule file comme le font les loups ; cette expression servait aussi à désigner jadis, un jeu de « petits enfants », jeu qui consistait à courir les uns derrière les autres en tenant le tablier de celui qui le précédait, le chef de file étant tout bonnement « le leu ». Dans les cours d’écoles maternelles on pratique « le petit train ». Simple changement de motivation !

Etre connu comme le loup blanc semble paradoxal par rapport au pelage grisâtre à noirâtre du loup. Les loups sibériens possèdent un pelage clair ; il est fort possible que certains migrants à l’occasion d’hivers particulièrement rigoureux, se soient aventurés jusque sous nos climats et que le passage d’un loup clair ait produit dans l’imagination populaire, le mythe du « loup blanc », forcément le plus connu et le plus redoutable !...
C’est en tant qu’animal mythique que RUTEBEUF le cite au XIII° siècle :
« Car ce siècle est si changé
Que un leu blanc a tous mangé
Les chevaliers loyaux et preux ».
Entre chien et loup désigne la tombée de la nuit ; la distinction entre les deux bêtes était vitale pour le voyageur attardé, encore fallait-il y voir assez clair… Peut-être aussi, le chien est-il du temps du jour, le loup du temps de la nuit, de la peur où l’on se réfugie chez soi ; entre les deux c’est l’hésitation, le passage inquiétant d’un état à l’autre, de la lumière vers les ténèbres…
« Je crains l’entre chien et loup » avoue Madame de SEVIGNÉ
« En un carrefour fist un feu
Lez un cerne entre chiens et leu » - (écrit du XIII° siècle)
Le loulou appelé Grand Spitz est popularisé dans le monde entier avec la chienne Laïka et son Spoutnik. Le loulou est un descendant du Spitz-loup dont le spitz-nain ou loulou nain est une miniaturisation.
Le mot loup-garou (leu-garou au XIII° siècle) est un pléonasme ; garou d’origine francique signifie à lui seul homme-loup et non comme l’a écrit BUFFON : « loup dont il faut se garer ».
Chaque région a son loup-garou diversement nommé : « lébérou » en limousin, « lé-pérou » dans le Lot, « loup-brou » ou « loubérou » en Dordogne, « galipaude » ou « galoup » en Gironde, « ganipote » en Saintonge et en Angoumois.
Le Louvre (lupara, endroit infesté de loups) : ce château royal était initialement un rendez-vous de chasse situé au milieu d’un bois occupé par les loups.
Les « jeunes loups aux dents longues » font allusion aux loups chassés de la meute et qui partent affronter le monde pour s’y tailler une place.
Loubard, mot argotique, est probablement dérivé de loup avec l’idée d’individus s’associant pour commettre des méfaits.
Quant à lupa, ce vocable désigne la louve, mais aussi une courtisane, une femme aux mœurs légères ; le lupana désignait l’accoutrement de la prostituée ; se couvrait-elle de peaux de loups ? Enfin le lupanar était le lieu où ces dames exerçaient leur métier.
Les proverbes et dictons mettant en scène le loup sont également nombreux ; parmi les plus populaires citons :
- La faim fait sortir le loup du bois – Les loups ne se mangent pas entre eux – L’Homme est un loup pour l’Homme – Quand on parle du loup, on en voit la queue – Dieu garde la lune des loups, vieux proverbe valable jusqu’au 20 juillet 1969 ! Et ce vieux proverbe paysan, de l’Angoumois :
De voir un homme en chemise au mois de janvier
Autant vaudrait voir un loup sur son tas de fumier.
Pour clore ce panorama rapide, voici quelques autres définitions du mot loup :
- demi masque de velours noir, censé donner à celui qui le porte, l’aspect du loup auréolé de mystère.
- appareil muni de pointes pour carder la laine, en référence aux dents pointues du loup.
- tête de loup, brosse ronde pour nettoyer les plafonds, comparaison avec la tête noire et velue d’un loup.
- poisson vorace appelé bar.
Une louve peut être un engin spécial pour soulever de lourds fardeaux, allusion à la force du loup.
Enfin le lupus est une affection cutanée à tendance envahissante et destructrice comme ferait le loup en donnant un visage hideux.

QUE VOUS AVEZ DE GRANDES DENTS !
Cet animal légendaire qui concentre sur son nom une image féodale de frayeur et de fantasmes, qui est-il vraiment ?
C’est un mammifère prédateur faisant partie intégrante de la biodiversité. Les canidés apparaissent en Europe dès le début du Pliocène (- 5,3 M.A.). Les premiers loups tels que nous les connaissons aujourd’hui, apparaissent à la fin du Pliocène pour certains (- 1,7 M.A.), il y a 500.000 ans pour d’autres.
Au cours du Miocène, il y a six à sept millions d’années, les Canidés se différencient en loups, renards, chacals, coyotes , lycaons et autres « chiens sauvages… »
La domestication de certains canidés (des loups ?) débute il y a quinze mille ans environ pour certains paléontologues, date à laquelle on trouve des restes des plus an-ciens chiens domestiques, beaucoup plus tôt pour d’autres scientifiques.
La sélection s’opéra, entre autre, sur leur capacité à manger auprès des hommes. Sur le plan moléculaire, l’ADN des loups et des chiens est presque identique. Loups et chiens sont issus du même tronc de l’arbre généalogique mais il semblerait qu’ils aient des branches distinctes.

Carte d’identité
Son nom scientifique est Canis lupus (Linné 1758) ; son nom usuel, loup gris ou loup commun est dû au pelage aux teintes dominantes de fauve, de gris et de noir avec des variations plus ou moins claires ou foncées selon les milieux naturels où il vit : pelage noir des forêts sombres du Canada, pelage blanc des étendues neigeuses et glacées de l’Arctique, pelage beige clair des déserts du Moyen-orient, pelage grisâtre de l’Europe du Nord. Ce mimétisme est un moyen de défense.
Taille : 1,3 à 1,8 m de long. Hauteur au garrot : 60 à 80 cm. Poids variable selon les régions de 20 à 50 kg.
Le premier avril 1789, un loup monstrueux et féroce fut tué en Angoumois par le che-valier de Bellegarde après quatre heures de chasse. Ce loup mesurait trente sept pou-ces de haut et pesait cent cinquante et une livres.
Petit problème : sachant qu’un pouce équivaut à trois centimètres environ et que la livre, avant l’adoption du système métrique, varie selon les régions entre trois cent cinquante et cinq cent cinquante grammes, quels sont la hauteur et le poids de l’animal tué par le chevalier de Bellegarde ?
Il est vrai que nous sommes un premier avril !
Sa peau fut exploitée durant des siècles. La cour de Charlemagne portait des fourru-res rares et soyeuses alors que les pauvres se satisfaisaient de fourrures du pays : renards, loups, lapins.
En 965, le roi d’Angleterre imposait un tribut annuel de trois cents peaux de loups au roi de la Galles du Nord.
Au Moyen-âge, le passage du poil à l’intérieur du vêtement se généralise et l’utilisation des fourrures, surtout au XII° siècle, est l’objet d’une véritable folie et l’emblème d’un statut social :
« Qu’un homes soit bien vestus et forrés
et qui sache faire un petit le grand,
on lui dira : sires, passez avant
pour son habit… » - écrit Chrétien de Troyes au XII° siècle.
Au XVIII° siècle, La Rochelle reçoit nombre de fourrures dont des peaux de loups en provenance d’Amérique. Dans les années 1840-50, dans la prairie américaine le loup est poursuivi pour sa peau vendue à la Russie où on fabriquait des manteaux pour les soldats.
Sa morphologie assure une puissance et une endurance remarquables à la course durant de longs parcours ; ses trajets réguliers et quotidiens sont de l’ordre de vingt à vingt cinq kilomètres, calqués sur ceux des grands Ongulés, ses proies de prédilec-tion ; d’ailleurs cette mobilité rend sa chasse difficile. Il peut parcourir jusqu’à plus de cent kilomètres dans la même journée !
Il suit des itinéraires évitant l’Homme, limitant les dépenses d’énergie et susceptibles d’être riches en proies.
Le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, en janvier 1656, ayant lancé un loup près de Versailles, fut entraîné par lui jusqu’aux environs d’Anet à quarante huit kilomètres à vol d’oiseau.
Monsieur Victor ROUX de Reilhac, veneur, né au château de Châtelard en 1811, coopéra avec le vicomte de la Besge à la prise extraordinaire du fameux grand vieux loup que leurs meutes promenèrent près de trois heures dans la forêt de La Braconne avant de faire ce prodigieux débucher qui finit par un hallali en plein Limousin après dix sept heures de courses !
En février 1857, un loup énorme débusqué à sept heures du matin dans la région de Marthon ne fut tué qu’à sept heures du soir sur les bords de la Dordogne au moment où il allait se réfugier dans un bateau.
Digitigrade, c’est un coureur de fond prenant appui sur ses doigts.
Au XIV° siècle, dans « L’art de chasser aux bestes privées et sauvages », Gaston PHEBUS expliquait la distinction entre loup mâle et loup femelle par les empreintes :
« on peut cognoistre un loup d’avec une louve par les trasses : car le loup a plus gros talons et plus gros doigts, plus gros ongles et plus ronds pieds que n’a la louve, laquelle a des trasses esparpillez et plus long ; la louve souventes fois, gette ses laisses parmi les voyes et le loup l’un des costez du chemin ».
Les pattes relativement longues lui permettent d’atteindre des vitesses de vingt cinq à trente kilomètres heure, en vitesse de pointe près de soixante kilomètres heure.
L’ouïe est très sensible ; avec ses oreilles mobiles, il est à l’écoute du moindre bruit. Des tests ont montré que les loups perçoivent les hurlements des autres loups à cinq ou six kilomètres de distance selon la nature du terrain (collines, forêts) et le temps (pluie, vent contraire) et à quinze kilomètres voire vingt kilomètres de distance dans les étendues plates et infinies.
Son odorat, outil le plus performant, lui permet de repérer des proies à plusieurs kilomètres. Il le renseigne sur l’identité de ses congénères.
Le loup vit dans un univers d’odeurs ; les informations contenues dans « l’odeur » (phéromones) dégagée par chaque animal, lui indique : animal connu ou étranger, sexe de l’animal, état physiologique (immature, mature, femelle en chaleur ou non, en gestation), son statut hiérarchique dans la meute – chaque loup possède sa propre « odeur » ; telle une carte d’identité, chaque membre de la meute peut se reconnaître.
Sa vision crépusculaire est optimale grâce à la structure particulière de la rétine qui possède un tissu spécifique (le tapetum lucidum ) ayant la particularité de rendre les yeux phosphorescents dans l’obscurité.
Quatre canines (crocs) peuvent atteindre cinq centimètres de long chacune ; il peut exercer avec sa gueule une pression très forte voisine de quinze kilos au centimètre carré, ce qui lui permet d’assurer une prise de deux cents kilos et de la traîner sur deux cents mètres !
Sa longévité dans la nature est de l’ordre d’une dizaine d’années.

Le loup à table
C’est un prédateur supérieur au sommet de la chaîne alimentaire ; comme d’autres canidés, il joue le rôle d’épurateur, de régulateur de l’équilibre naturel, animaux malades, jeunes inexpérimentés, vieux animaux, charognes…
Les grands mammifères (cerfs, chevreuils, chamois, daims, bouquetins, mouflons) sont indispensables à sa survie hivernale où le loup, durant cette saison où les proies se font rares, a de gros besoins énergétiques ; il lui faut en moyenne deux kilos de viande par jour mais il fait preuve d’un grand opportunisme : grands herbivores sans nul doute mais aussi petites proies variées telles que petits mammifères (musaraignes, campagnols, mulots, rats…) mollusques, insectes, lézards, grenouilles, oiseaux, fruits sauvages…
Une étude récente dans le Yellowstone Park, a montré l’utilité de ces prédateurs qui dissuadent les cervidés de brouter la végétation des espaces découverts (clairières et berges de rivières), ce qui entraîne la réapparition de toute une flore et de toute une faune qui affectionne de tels habitats.

UNE PUISSANTE MEUTE DE LOUPS GRIS
Le loup est tout d’abord un animal social qui ne vit jamais en solitaire (à quelques exceptions près et dans ce cas, il vivra difficilement à l’écart de la meute et sera en danger) mais au sein d’une famille unie.
C’est un animal craintif, discret, vivant surtout la nuit ou ne sortant qu’à l’aube ou au crépuscule. Un aboiement de chien le fait fuir lorsqu’il s’approche d’un village. Serait-il un peu couard comme l’affirmaient nos deux chasseurs (voir plus haut) ?
Redoutable chasseur, il chasse à deux ou en meute. Plus une meute est grande, plus elle a la possibilité de s’attaquer à de grosses proies. Lorsqu’ils chassent en bandes, les loups suivent une piste à la queue leu-leu, à la différence du chien qui flaire au hasard ; le mâle dominant ouvre la marche.
Ils emploient la technique du harcèlement en sélectionnant dans le troupeau, l’animal le plus faible, le plus vulnérable, le plus facile à attraper.
La meute est hiérarchisée où chacun a une place particulière par rapport aux autres, selon une échelle sociale précise : dominants, subdominants, dominés.
Cette hiérarchie est souvent remise en cause, chacun devant lutter pour conserver son statut dans le groupe ou pour tenter une prise de pouvoir
L’effectif de la meute dépend essentiellement de la quantité de proies présentes sur son territoire ; la meute s’adapte à la population fluctuante de ses proies. En général la bande varie de six à huit loups, composée le plus souvent d’un mâle et d’une femelle dominants et de loups nés les années précédentes ; chaque année la meute s’agrandit de jeunes nés dans l’année (quatre à six louveteaux par portée, élevés dans une ta-nière) forçant les aînés de deux à cinq ans à quitter la famille pour fonder une nouvelle meute.
C’est dans cette période de dispersion que la mortalité juvénile est importante puisque sur une portée de six louveteaux, deux en moyenne atteindront l’âge adulte. Inexpé-rience, disette, conflits avec d’autres prédateurs (ours, autres loups) maladies parasi-taires, accidents, piégeage sont autant de dangers qui les guettent.
Les relations entre dominants / dominés sont le reflet de la composition de la meute : les jeunes doivent se soumettre à la volonté des adultes. Ces relations ne sont pas toujours sereines, force et agressivité étant déterminantes pour s’adjuger un rang so-cial.
Les comportements de domination, d’intimidation, d’allégeance, de soumission sont permanents ; les comportements ludiques contribuent à maintenir la cohésion du groupe ; en jouant dès leur plus jeune âge, les louveteaux se positionnent déjà dans la hiérarchie de la meute.
Les loups sont génétiquement programmés pour ne pas accepter des congénères étrangers au clan. C’est une technique de survie destinée à limiter la taille de la meute. Face à l’inconnu, le loup se montre parfois craintif, souvent agressif.

AMOURS… TOUJOURS
Les loups sont des animaux monogames, très fidèles ; les couples sont unis pour la vie.
Sous nos latitudes, les amours des loups se déroulent en janvier-février mais cette période de reproduction varie avec l’âge de la femelle et sa faculté d’entrer dans une période d’oestrus qui s’étale sur trois à cinq semaines.
La mâturité sexuelle est atteinte vers trois ans.
En principe, seul le couple dominant se reproduit et seule la femelle dominante procréera.
Les loups mâles subalternes se soumettent au chef par tout un rituel et le respectent à tel point d’être frappés d’une véritable castration psychologique.
La femelle dominante harcèle les autres femelles du groupe dans des jeux agressifs qui progressivement inhiberont l’oestrus et le rut. En tenant les autres femelles à l’écart du groupe des mâles, elle se donne toutes les chances pour porter la future progéni-ture.
La gestation dure deux mois ; il y a une portée par an.
Les rapports entre les loups étant complexes, il existe cependant des écarts de comportement.
Ces lois sont nécessaires à la survie du clan pour limiter les naissances.


SUR LES TRACES DU LOUP
La taille du territoire est variable, comprise entre deux cents et trois mille kilomètres carrés, selon la nature du paysage et sa richesse en proies ; les loups ne s’installent que là où vivent les grands herbivores sauvages ; c’est pourquoi le territoire n’a jamais la même superficie. Dans l’Arctique, ils arpentent d’immenses étendues de plusieurs milliers de kilomètres carrés alors que dans les régions relativement abondantes en ongulés, les territoires sont de quelques centaines voire de quelques dizaines de kilo-mètres carrés.
Les loups marquent leur territoire par leur urine et leurs laissées mises en évidence sur une pierre plate et sur des élévations de terrain comme le fait le renard, ainsi que par de longues griffures qui déchirent le sol.
Le loup sait que derrière les odeurs d’urine, il y a la limite territoriale de la meute voisine qui ne doit pas être franchie.
Ces marques sont nombreuses à la périphérie du territoire ; quotidiennement la meute se déplace à l’intérieur pour le reconnaître ou pour chasser.
Entre deux territoires voisins, les loups possèdent des secteurs neutres où ils ne chassent pas et qu’ils évitent de parcourir. Au sein du territoire les loups possèdent des aires de « rendez-vous » (entre dix et cent mètres carrés) ; ces zones piétinées sont constellées de fèces et d’urine.
Des aires de jeux, sortes de « nurseries », bien dissimulées sous le couvert végétal et éloignées de la tanière natale, permettent l’éducation des jeunes louveteaux, à l’abri de tout regard, dans des lieux inaccessibles à l’Homme ; véritables sanctuaires, ces lieux propices aux premières joutes entre frères et sœurs, permettent à chacun de mesurer son dynamisme et sa vitalité pour l’apprentissage des différents langages corporels, avant que ces louveteaux au pelage plus fourni, aux yeux plus vifs et à l’allure moins pataude, ne rejoignent la cour des grands, la meute.
En France, dans le Mercantour, le territoire des loups se situe entre 1500 et 3000 mètres d’altitude où quelques dizaines d’animaux, protégés mais régulièrement bracon-nés , font l’objet de polémiques ; bergers, éleveurs et chasseurs constituent des grou-pes de pression pour les éliminer.
L’espace forestier de résineux a la préférence de la meute car le couvert et la pénombre du sous-bois lui assurent tranquillité pour le repos et la reproduction mais les loups sont des animaux de plaines où les landes broussailleuses à strate arbustive constituent un biotope favorable.

LOUP ENTENDS-TU ? HURLES-TU ?
Outre les phéromones émises par chaque animal, apportant des informations précises (voir plus haut), les loups pour communiquer entre eux, possèdent toute une gamme de moyens, véritable « langage » codé, au « vocabulaire » élaboré.
Le « langage » de la tête s’effectue par des mouvements plus ou moins prononcés du front, des oreilles, des yeux obliques, des paupières, des mâchoires, du museau, des babines.
Voici quelques mimiques corporelles et leurs significations :
- Poils de la crinière hérissés : excitation ou signe avant-coureur de bagarre.
- Oreilles baissées : soumission.
- Oreilles dressées : inquiétude, concentration
- Gueule ouverte, museau plissé, babines relevées : agressivité
- Queue droite ou en hauteur : assurance.
- Queue basse et repliée entre les pattes : soumission, crainte.
Quel rapport entre la crainte et la queue repliée ?
Les glandes anales produisent des phéromones personnelles qui identifient chaque loup vis-à-vis de ses congénères ; devant la crainte que lui inspire un membre de la meute ou d’une meute voisine, il va chercher « à se faire oublier » en rabattant sa queue entre ses pattes ; celle-ci masque la zone anale et réprime les signaux odorants qu’elle produit.
Cette attitude de repli permet au plus faible de reconnaître la supériorité de son rival et d’éviter ainsi un combat perdu d’avance.
D’ailleurs ce phénomène hérité de la vie sauvage n’a jamais disparu du code généti-que de Médor, malgré plusieurs milliers d’années de domestication.
Le « langage » des sons se manifeste par des gémissements (soumission, amitié), des aboiements (mise en garde pour l’intrus, alerte pour le groupe), des jappements (désir d’amitié), des grondements (désaccord, déplaisir), des grognements (irritation, menace), des hurlements.
Les hurlements sont uniques et ont fortement contribué à sa mauvaise renommée : chant étrange très sonore qui déclenchait l’imaginaire chez nos aïeux. Ces hurlements, outils spectaculaires de la communication, sont une façon de montrer la cohésion sociale de la meute, d’affirmer la présence du groupe sur son territoire par rapport aux meutes voisines ; chaque loup possède ses propres vocalises, ses propres fréquences et son propre timbre de voix, moyens de reconnaissance individuelle au même titre que les phéromones.
Cette « musique » envoûtante des grands espaces, ce chant de la liberté a fasciné plus d’un auteur :
« Le hurlement du loup me surprit tout à coup, d’abord rapide, entrecoupé, une suite de sanglots mouillés... la voix s’enfla, prit une ampleur à peine soutenable. Je vis la bête... assise et le mufle levé...
Cette plainte nous parvient du fond d’un monde inhumain, d’un monde avec lequel pendant des millénaires, notre espèce eut à se confronter, plein de menaces, d’embûches, d’embuscades de toute part, tendues par la faim, la griffe et le croc... »
Maurice GENEVOIX – Le Bestiaire Enchanté

« Alors que la lune presque pleine montait dans un ciel rose, éclata le chœur des loups. Deux groupes se répondaient et parmi eux une voix haute. Les voix alternaient sans ordre, montant et descendant en une polyphonie sauvage et pourtant musicale. Notre nature a perdu une de ses plus grande voix, des plus émouvantes avec le chant des loups dans l’air glacé ».
Rober HAINARD – Mammifères sauvages d’Europe

« Les hurlements sont le plain-chant des loups... Un hymne à leur puissance... »
Jean LARIVIERE – L’empire des loups

L’ETERNEL RETOUR : LA POURSUITE DES LOUPS
Au cours du XX° siècle alors que de nombreux pays européens accueillent des popu-lations de loups, aucun cas avéré d’attaque du prédateur sur des êtres humains n’a été constaté.
L’Espagne et l’Italie (et bien d’autres pays européens) tentent de conserver les populations relictuelles et vivent en harmonie ou du moins en bonne entente avec ce qu’elles considèrent comme des composantes naturelles de la faune sauvage.
Dans les parcs des Abbruzes, de Pollino ou de Calabre, il y a des siècles que l’on a appris à vivre avec les loups ; il est vrai qu’en quelques endroits des problèmes de cohabitation avec le bétail existent, faute de cerfs et de chamois à se mettre sous les crocs explique le « Gruppo Lupo Italia ».
Cette espèce sans domicile fixe est devenue une véritable mascotte : des agences italiennes spécialisées proposent de passer « Noël avec les loups », les médias es-saient d’attirer les touristes dans un célèbre camping en bordure du parc national des Abbruzes pour se « familiariser » avec la Bête. L’éco-tourisme est un moyen de déve-loppement pouvant être rentable.
En France, le loup fait partie de notre patrimoine ; il bénéficie des conventions internationales de Berne (protection des espèces) et de Washington (opérations liées au commerce international, parfois illicite ! des animaux et des plantes).
Cependant un amendement du projet de loi sur le développement des territoires ru-raux (2004), vise à autoriser tout propriétaire ou fermier ainsi que tout employé à re-pousser ou à tirer les loups qui porteraient dommages à ses propriétés, amende-ment en infraction avec la Convention de Berne et la directive européenne « Habitats ».
Ce retour en arrière de presque 600 ans rappelle étrangement l’ordonnance du 25 mai 1413 ! (voir plus haut). Cette intention est révélatrice d’une profonde ignorance de la réalité écologique mais aussi d’un cynisme absolu, peu respectueux des règles, afin de satisfaire « les appétits » de groupes plus ou moins influents.
Les loups existent bien encore dans notre imaginaire toujours prêt à les faire surgir du bois. Au plus profond de son ignorance, de ses chimères mais aussi de son égoïsme et de sa cupidité, l’Homme demeure un loup pour le loup.
C’est en 1992 dans le parc du Mercantour, que furent observés les premiers loups venus d’Italie. Ce retour naturel et spontané (contrairement à ce que croient nombre de personnes qui pensent à un réintroduction du loup en France) suffira-t-il à rendre à Canis lupus la place qui était la sienne ? Serons-nous un jour sensibles à sa beauté cachée ?
« Personne ne fera jamais la paix avec les ours et les loups » disait un capitulaire de Charlemagne. Les Européens du XXI° siècle, le feront-ils mentir ?

GRAND-PERE, EST-CE POSSIBLE ?...
« Psst ! Bonjour Loup ! C’est moi le petit chaperon bleu marine. Devine où je vais de ce pas ?
Le loup a dressé une oreille, assez surpris qu’on lui adresse la parole.
- Je vais chez ma grand-mère lui porter ce paquet que tu vois dans mon panier. Et qu’est ce qu’il y a dans ce paquet ? Ce ne sont pas des pelotes de laine comme le dit ma maman mais une douzaine de petits pots de beurre, figure-toi !
- Ah ! bon et alors ? a répondu le loup qui se trouvait être l’arrière petit neveu de celui qui, dans le conte de PERRAULT, mange la grand-mère et prend sa place au lit, en même temps que le lointain descendant de celui qui, dans la fable de La FONTAINE, fait des mi-sères à l’agneau (donc pas n’importe quel loup !) ; qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Tout ce que je demande, c’est qu’on me laisse dormir et qu’il soit bientôt cinq heu-res, pour qu’on me remplisse mon écuelle ».

P. DUMAS et B. MOISSARD – Contes à l’envers

- Ce loup, quel pantouflard !... Dis grand-père, est-ce possible, qu’un jour, il re-trouve le goût de la liberté ?
- Tu sais, Jean-loup, je crains que l’univers des hommes, comme la jungle, n’ait qu’une loi : celle du plus fort... mais la raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure... contrairement à ce que dit la fable...


Bibliographie et illustrations :
« Le monde des loups » - Ph HUET
« Le loup » - Ph. HUET
« La bête du Gévaudan » - M. LOUIS
« Histoire naturelle des carnivores en France » - J. MELOCHE
« Le loup en Limousin » - J.M. TEULIERE
« Nos derniers loups » - J. BAILLON
« Le paysage animal » - X. de PLANHOL
« Les loups en Charente » - A. CADET (mémoire SAHC – 1960)
« L’étonnante histoire des noms de mammifères » - H. WALTER et P. AVENAS
« L’étymologie des noms de mammifères » - P. CABARD et B. CHAUMET
« T. D. C. numéro 659 » - CNDP
« Origine des noms de villes et villages de Charente » - J.M. CASSAGNE et S. SEGUIN

Remarque :
Dans les élevages caprins ou ovins, on utilise une « louve », appareil pour faire téter plusieurs chevreaux ou agneaux en même temps.

Et pour finir, cette petite rengaine des cours d’école :

Prom'nons nous dans les bois,
Pendant que le loup n'y est pas
Si le loup y était, il nous mangerait
Mais comme il n’y est pas
Il nous mangera pas
Loup y es tu ? Que fais tu ? Entends tu ? ....

 

 

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